• aux sources  

    2010-02-09 16:08

    cyvard mariette

    Enfin, si nous en croyons les prédictions de Saint-*Martin*, les révolutions dont notre génération a été témoin, et celles dont l'histoire nous a
  • décennie 1850 - 1852 : la nouvelle encyclopédie théologique vol.  

    2010-02-09 08:34

    yeseno

    La franc-maçonnerie illuminée se divisa en bien des branches : il y eut la maçonnerie hermétique, cherchant la pierre philosophais, qui comprenait les
  • [Fwd: Tr : Mise à jour]  

    2010-02-06 20:27

    cyvard mariette

    les traites de la réintégration des êtres version 10 version 11 rassurez-vous, en cherchant, un peu, il y a des découvertes encore possibles ! et cela
  • Le livre de l'abbé Fournié  

    2010-02-06 19:47

    Philippe Laureau

    Le lien est sur le site Philosophe-inconnu (chap. Amis) avec une deux articles intéressant d'Antoine Faivre sur la doctrine de l'abbé  [Les parties de ce
  • Astrologie -> astrosophie  

    2010-02-06 14:23

    sar.zanoni@...

    Bonjour http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32706073h/date.r=ambelain.langFR ce sont 65 numéros de la revue l'astrosophie bonne lecture Fraternellement Zanoni
  • sortir le nez de son écran ?  

    2010-02-06 12:17

    cyvard mariette

    deux films qui valent le voyage sherlock holmes, accompagné d'un watson, rajeunis, combattants, face à un méchant qui aime se balancer... ça bouge, ça
  • [Fwd: Tr : Mise à jour]  

    2010-02-06 12:16

    cyvard mariette

    ... Sujet : Tr : Mise à jour Date : Sat, 6 Feb 2010 13:08:22 +0100 (Paris, Madrid) De : xavier cuvelier-roy Répondre à : xavier
  • Le livre de l'abbé Fournié  

    2010-02-05 08:51

    Jean-Louis BOUTIN

    http://books.google.fr/books?id=8MM8AAAAcAAJ
  • décennie 1850 - 1852 : la nouvelle encyclopédie théologique vol.  

    2010-02-05 08:04

    yeseno

    La sainte Ecriture n'avait pour eux ni mystères ni difficultés ; chacun l'interprétait selon que l'esprit de Dieu l'inspirait : dans tous les cas, la
  • Re: De LCSM à Godwin en passant par CPE...  

    2010-02-04 17:50

    cyvard mariette

    bonsoir bloquer quelqu'un qui argumente avec une comparaison à l'idéologie nazi ou autre assimilable (le libéralisme, le communisme, etc.) est une bonne
  • PREMIERES RENCONTRES MARTINISTES 13 MARS 2010  

    2010-01-21 11:05

    Pour la première fois dans le sud auront lieu les Rencontres Martinistes. Ces rencontres se dérouleront sur une journée le samedi 13 Mars 2010 dans l'Espace des Arts à Le Pradet (83). Ce colloque est ouvert et public. Le thème pour cette année 2010 sera : MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE. Nous aurons comme intervenants : Roger DACHEZ, Jean-Marc VIVENZA et Jean-François VAR. Ces rencontres sont organisées par l'Association de la Société savante Amicale (ASSA). Pour plus d'informations vous pouvez consulter le site : www.assa1.canalblog.com
  • Un Martiniste des Martinismes  

    2010-01-19 23:22

    *Du Martinisme pour martinistes* *Un Martiniste, des Martinismes * *Le Martinisme, les Martinismes * *le Martiniste, les Martinistes * *Un Martiniste dans des Martinismes * Par Cyvard Mariette Il en est du Martinisme comme il en est de bien des organisations qui s'affirment initiatiques. L'appellation semble sous-entendre un diamant taillé pour laisser circuler les rayons lumineux susceptibles d'aider l'homme à se relever ; chacun se précipite sur un rayon et prétend que sa « seule » couleur est la couleur. Pendant ce temps, l'émeraude martiniste est enveloppée de ténèbres. Il en est aussi du Martinisme comme du lieu où le point de contact entre le spirituel et l'humain est possible dans de bonnes conditions. Certains riront déjà d'une telle affirmation qui refusent que la matière prépare le spirituel et que le spirituel permette la matière. Un point de contact, un pont, un seuil, voilà qui sent le dévot ou le superstitieux, le magicien ou le malade. Enfermés qu'ils sont dans leurs raisonnements au nom d'une supposée Raison, il n'est rien à échanger avec eux, force est à leurs railleries, à leurs préjugés, à leurs certitudes alors qu'ils affirmeront haut et fort, de leur humble avis, qu'ils cherchent la vérité, sans jamais vouloir la trouver, ni même l'approcher. *Quelle vérité va-t-on rencontrer dans le Martinisme ?* Celle d'une recherche, d'une quête fondée sur l'homme, celle d'un humain que le spirituel interpelle, d'un humain qui sait répondre à un appel, et qui interroge et s'interroge^1 <#sdfootnote1sym> en premier avant de répondre à une demande. Si le contact est possible, où se situe la ligne frontière ? Le Martinisme tente d'offrir aux hommes une réponse à partir de laquelle chacun osera construire une réponse ou acceptera de répondre et assumera sa réponse. Lorsque Saint-Martin écrit « l'interne ^2 <#sdfootnote2sym> apprend tout et préserve de tout » encore faut-il déterminer ce qu'est l'interne, ce qu'il apprend et de quoi il préserve ! La suite de ce « bon mot » (un mot que l'on peut se répéter, dont se gargarise une coterie, un salon et rend célèbre jusqu'au bon mot suivant son auteur) consiste à entrer dans le coeur du Divin et dans le même temps laisser entrer le Divin dans son coeur ! Les phrases sont belles, mais pour être belles sans l'expérience qui accompagne elles sont vidées de tout sens. Saint-Martin privilégie la relation à Dieu, ceux qui parlent de lui, laudateurs ou détracteurs, le reconnaissent comme sachant ce qu'est une « extase », comme apte à parler de l'extase. En attendant, si vous ne savez pas ce qu'est un extatique, l'extase et l'extase mystique c'est un peu comme de demander son chemin en Breton à un Calabrais ! Quittons ce « bon mot » souvent répété, et entrons dans le texte que Saint-Martin écrit à son ami Kirchberger. « Je crois que ceux qui sont appelés à l'oeuvre, directement et d'en haut, n'ont aucun embarras pour juger tout ce qu'ils reçoivent, et même sans autre opération de leur part que celle du développement de leur sens intime divin. Ils sont une coupelle universelle qui purifie tout et ne se laisse corroder par rien. » Posons bien les bornes de la démarche, elles s'inscrivent dans un espace temps où Dieu est une présence. Pour Saint-Martin ce Dieu est celui des catholiques, sans réelle exclusion d'autres conceptions liées à une compréhension humaine relative à un espace en mouvement. Pour ceux qui tenteraient déjà de circonscrire Dieu dans une définition, de le réduire au métier de Grand Architecte, ce ne sera pas l'objet de la démarche de cet écrit. Puisqu'il y a ceux qui sont appelés directement, il y aura aussi ceux qui s'affirment appelés (sans imitation pas de réalité!), les appelés ont pourtant encore du travail pour produire le développement de leur sens intime du divin (l'appellation Dieu recouvre par facilité ce que l'humain peut concevoir, et qu'il est possible d'y substituer d'autres termes). Ce passage peut me parler selon mon niveau de compréhension : en effet, par souffrance de la présence non perçue, je meuble mon univers d'un fatras impressionnant. Mon fatras est composé d'un encombrement qui ne permet plus au spirituel de prendre sa place, toute sa place, rien que sa place. Pour faire plus simple, imaginez une pièce, type oratoire, chapelle, et pour les excessifs : cathédrale, musée, ou bibliothèque nationale. Cette pièce encombrée me permet « d'entrer » en me faufilant, en m'insérant, il y a ma place « pour moi », et mon fatras, pour rien d'autre. Si j'en sors, le spirituel n'a plus besoin d'y entrer, et s'il y entre, hors ma présence, il trouve là un paquet de souvenirs, une table à écouter mes gémissements, mes amis, mes rires, mes ennemis, un amoncellement de livres indispensables à ma formation, une épée, un arc et ses flèches, un lot de mouchoirs pour éternuements à répétition... fatras, capharnaüm, ou si vous préférez le cafard d'un homme qui espère meubler le vide existentiel d'une existence vidée de sens ! Il me reste à faire place nette, à balayer, à offrir, à ranger, à préparer toute la pièce pour que l'Esprit occupe tout l'espace dont il a besoin, c'est-à-dire tout l'espace, hors celui de ma présence active. Saint-Martin n'est pas à une contradiction près en affirmant que l'appelé possède une coupelle qui purifie ou ne se laisse corroder par rien. À la fois vrai pour le coeur impur ou pur qui passe dans les horreurs et restaure les âmes, et faux dès que je m'interroge sur la capacité d'un homme à traverser l'horreur sans être imprégné ! Sans discuter plus avant ce point qui permet à l'imitation de dire, je fais « comme la providence »... en imitant l'homme peut arriver aux mêmes résultats que l'appelé véritable... faute de l'outil approprié... je n'avancerai pas plus loin sur ce terrain fangeux. « Je crois que celui qui entre dans l'oeuvre par des initiations, soit humaines, soit spirituelles, peut parvenir aussi au débrouillement de ce qu'il reçoit ; mais qu'il lui faut un grand travail pour cela ; et tel est le fruit des travaux et opérations théurgiques, quand elles sont dirigées par des maîtres purs, éclairés et puissants. Mais, hélas ! combien ils sont rares ! Pour moi, je n'en connais point, et je suis bien loin d'avoir aucune virtualité dans ce genre, car mon oeuvre tourne tout entier du côté de l'interne. » Saint-Martin parle donc de nos initiations, et il en vécut quelques unes, tant Coëns donc théurgiques (directement avec Martinès), que Maçonniques (dont celles avec les Lyonnais), que thaumaturgiques (par Mesmer), que ... toutes celles pour lesquelles il se mettait en chemin pour ... poursuivre la chimère. L'initié reçoit, et il lui faut parvenir à débrouiller ce qui est brouillé, comme si nos initiations mêlaient les choses et qu'il nous faille démêler les fils mis en mélimélo. « Aimable pécheur, à la ligne emmêlé, dis moi comment prends-tu le poisson pendant que tu travailles ton fil ? » Je passe les opérations théurgiques, pour constater qu'elles exigeraient selon Saint-Martin des hommes purs. Je n'aime pas le qualificatif pur, et selon moi, un humain ne saurait être pur. Que les hommes soient éclairés, je le conçois, l'intellect, le coeur, la reconnaissance des besoins fondamentaux éclairent la vie d'un homme. Pour la puissance, il n'en est qu'une et triple, elle écarte, elle appelle, elle sert. Il n'écarte ici ni Martinès, ni son oeuvre, écarterait-il ses successeurs, j'en doute. Il donne la solution dans le paragraphe qui suit. « Je crois que ceux qui reçoivent des communications externes et gratuites comme à Co..., peuvent bien n'être pas trompés ; mais je n'ai aucun moyen d'assurer la chose. » Ceux de l'externe reçoivent des « communications », il les suppose trompés, mais encore sans preuve suffisante de leur marche. Ils semblent dans l'incertitude et le prouvent en posant des questions, ils sont passifs dans leur travail et non maître de l'oeuvre, ils sont inaptes à lier le Mal et à nettoyer l'espace nécessaire pour y faire venir le Spirituel. La suite est claire: des initiations servent au Discernement, comme des opérations théurgiques. Ces faits pour avérés qu'ils paraissent peuvent être imités tant par le Mal que par des hommes. Pour ce qui est des Signes de l'Évangile qui prouveraient « l'élection » d'un humain, il me paraît une troisième fois préférable de faire silence sur le retour à la stupidité d'une référence de cette nature. Retomber dans une superstition, voilà qui me paraît quitter le discernement! Saint-Martin était le premier à monter en carriole dès qu'un signe lui laissait espérer une possibilité d'accès au spirituel, preuve que ceux de Co... comme nos Coëns, et bien d'autres logent à l'auberge de « l'étoile des espoirs ». Quel est cet interne ? *II* Il est de logique, interne, se supposer que la prière fait oeuvre. « J'ai prié pour toi, j'ai prié pour la paix dans le monde, j'ai prié... Comment je ne t'ai pas tendu la main ! Dieu seul... ! Seule la prière pouvait changer le cours de ton destin et influencer la volonté de Dieu... » Rieurs, riez, votre raisonnement montre les failles ! Je suis un homme de bien, j'ai toujours fait tout ce que l'église de Dieu demande, aujourd'hui, mon enfant se meurt, et Dieu refuse de me prêter oreille, lui, le tout-puissant, ... ils m'ont trompé, dieu n'existe pas ! Rieurs, riez, votre raisonnement se sert de la faille. La prière peut accompagner bien des vies, l'homme prudent demande peu, il sait qu'une demande est parfois exaucée. La prière accompagne la souffrance quand le corps est en déroute, meubler le cerveau avec des mots en litanie permet la survie. La prière fait oeuvre quand elle devient la « respiration^3 <#sdfootnote3sym> de l'âme ». Lorsque sur le chantier le compagnon ramasse la truelle abandonnée, fait-il oeuvre personnelle ou suit-il le plan de l'architecte ? Lorsque le tâcheron creuse la fondation d'un mur fait-il oeuvre personnelle où est-il aux ordres^4 <#sdfootnote4sym> de celui qui a reçu les ordres de l'architecte ? Un nouvel objet de débat lève la patte, ce travail ne s'y arrêtera pas plus que pour les précédents. Ma certitude : le martiniste prie, il assume pleinement sa prière puisque dans sa marche, son maître initié (son surveillant chez les maçons) a du lui demander de réfléchir sur ce thème et même le pousser à comprendre la vraie nature des prières que ce martiniste en formation utilise. Le martiniste travaille avec un rituel, parfois bien différent d'un ordre à un autre des ordres. Dans cette même lettre la position de Saint-Martin est claire: « Ces initiés-là peuvent l'être aux documents de leurs maîtres, mais ils ne le sont pas à l'expérience de la chose. » Quand un homme a blanchi après avoir reçu initiation après initiation, qu'il fait autorité en matière de rites, de rituels, puisqu'il connaît les documents reçus, qu'est-il de plus qu'en son premier jour s'il n'a, au moins une fois, une seconde, fait l'expérience qui lui donne cette certitude de la présence ? Nos usages nous conduisent dans l'initiatique que d'aucuns osent prétendre le sacré comme s'ils n'étaient plus profanes, eux dont le corps ne s'est plié ni dans la souffrance humaine, ni sous la sensation forte, violente comme un ouragan et douce comme brise d'été de la Présence. Présence à soi, si ce n'est Présence du Spirituel !Rieurs, riez de ce que vous ne voulez pas comprendre. Un jour la réponse accompagnera votre souffle. Nos frères, nos soeurs, nos cousins venus d'autres lieux s'interrogent. Nos truelles sont-elles bonnes? Nos haches coupent-elles bien et le bon arbre à couper ? Pendant que quelques-uns alignent des murs de pierres qu'ils supposent cubiques et donc bien taillées, d'autres préparent qui une baie, qui un pilier, qui une chaise de jugement... le prétentieux affirme sa seule pierre, pierre de l'oeuvre, le Martiniste ramassera pourtant les « déchets » de la taille, il les déposera dans les ornières pour aplanir le chemin du pèlerin. Que serait le plus beau temple sans chemin pour y parvenir ? Il récupérera les jeunes plants abîmés et les laissera devenir lieux d'ombrage sur le chemin. Les rituels martinistes sont rituels, donc documents de nos maîtres. Des lieux initiatiques s'affirment en construction permanente, ils repoussent la mise en oeuvre de l'initiatique ; le Martiniste travaille dans ce qui est disponible, sans attendre que l'ouvrage soit terminé. Pour un martiniste, qu'il soit midi ou minuit, la première ou la douzième heure au cadran d'outre espace, il est l'heure de répondre présent, qu'il soit Solitaire mais avec sa chandelle, ou cinquante en assemblée, la chaîne est Présence, à la demande. La chaîne d'union le relie à travers son présent dans le passé à ceux qui ont aplani les chemins, dans le futur à ceux pour lesquels il aplanit le chemin. Étrange, qu'un tel humain reçoive réponse, que dans la désespérance des mains se tendent vers lui, il a su s'aimer même s'il ne sait plus, il a su aimer même s'il n'est plus aimé, dans sa souffrance, lui qui se croyait perdu, il voit arriver à chaque moment d'abandon ceux-là qu'il a pu croiser un jour, une vie, pour lesquels il a su s'arrêter, auxquels il s'est adressé... Cette main tendue paie un prisonnier libéré, ce doigt qui indique la route paie un morceau de pain reçu, celle-ci qui pose une couverture sur un corps paie... La monnaie n'est pas monnaie d'or ou de papier, elle est sourires d' « anges », elle est frémissement d'ailes. Comment le sait-on, comment être certain que nous ne sommes pas en plein déraillement mental ? Sans doute, parce que nous avons pris le risque de la folie, parce que nous prenons le risque de tendre et la main et le bras à ceux qui sont aptes à nous dévorer, quittes à ne plus pouvoir nous en mordre les doigts. La prière, le rite, le « servir à soi comme à autrui », constituent nos trois piliers. Allons-nous ajouter des points supplémentaires ? La réponse est oui. Nos travaux se font avec le maillet, symbole d'autorité matérielle, comme avec l'épée flamboyante, symbole d'une autorité initiatique et parfois spirituelle, pour ceux dont l'oeuvre fait place à l'esprit qui illumine. Les ajouts qui permettent d'apprendre à mieux discerner sont travaillés selon les capacités de chacun. Tel se lancera sur le chemin par la superstition^5 <#sdfootnote5sym>, premier pas vers une réalité concrète, premier contact avec le discernement. Tel avancera par la dévotion, tel par la concentration, la méditation ... Il nous est difficile de rire ou de sourire de pratiques qui peuvent être nécessaires aux hommes que nous considérons plongés dans le torrent de la vie quand ils tentent par les moyens qui leur sont disponibles de rejoindre la rive pour devenir des hommes de Désir. Nous ne sommes pas disponibles pour railler les hommes et leurs difficultés^6 <#sdfootnote6sym>, même si nous faisons entendre notre colère lorsque la misère humaine est exploitée. Le martiniste n'est pas un haineux de la logique, il reconnaît pourtant comme Kant que la science est inapte à élever sa théorie du domaine du sensible au domaine du supra-sensible: « Ich musse also das Wissen aufheben, um zum Glauben Platz zu bekommen » pour traduire librement, isoler radicalement science et croyance métaphysique, afin que la croyance métaphysique n'ait à craindre des conclusions de la science, ni la science de l'incertitude expérimentale et rationnelle de la croyance. Lorsqu'il rêve de tenter le mariage de la science et des autres disciplines le martiniste se réfère à des tentatives de nos anciens, lesquels souhaitaient construire les outils nécessaires à une science apte à « qualifier » le spirituel, et à donner au spirituel les moyens de pénétrer le champ de compétences de la science. Je ferai, dans ce texte, silence sur ce thème. *III* Si Saint-Martin demandait à Martinès « Eh quoi, maître^7 <#sdfootnote7sym>, faut-il tant de choses pour prier Dieu ? »il ne nous écrit rien sur ces « choses là! » mais quand il rapporte la réponse du maître, on le ressent dans sa démarche, il quitte la voie pour entrer dans sa voie. Martinès aurait répondu « il faut bien se contenter de ce que l'on a » Si la réponse est exacte, voilà un maître très respecté par son émule, qui avouerait comme un miséreux que tout son avoir est constitué de quelques signes, mots, attouchements ! Saint-Martin évolue tout au long de sa carrière initiatique, et c'est le honnir que de considérer qu'il a tout acquis dès son premier souffle. Sa marche, qui me le rend si sympathique, est une marche humaine, avec ses lenteurs et ses précipitations, avec les découvertes précieuses, comme avec les ornières que laisse tout voyageur ! Ainsi, Saint-Martin ne passe pas directement par Dieu, il utilisera toute sa vie des « intermédiaires »: « Pour faciliter, autant que possible, notre union avec les Agents intermédiaires qui sont nos amis, nos aides et nos conducteurs, je crois qu'il faut une grande pureté du corps et de l'imagination. » Nous sommes bien dans l'écrit d'un émule qui rapporte les propos de son maître : Saint-Martin ou Martinès doivent se « contenter des Vertus, des Agents Intermédiaires, puisque nous pouvons disposer d'eux, alors même que nul homme ne saurait disposer ni de Dieu ni du Verbe! En effet, il faut bien se contenter de ce que l'on a, de ce qui est disponible à l'homme, donc de son intellect, de sa raison, des études si nécessaires, de son coeur qui s'ouvre pour faire place à l'esprit, de la reconnaissance des besoins humains, si réduits soient-ils . En temps second, l'homme utilise le monde spirituel disponible, un monde utilisable parce que mis au service des vivants pour les prendre par la main et les aider à avancer. Ces « remplaçants » sont honorables, ils ne nous demanderont jamais d'oublier Dieu et son Verbe. Les formules de la théurgies sont permises quand l'homme a travaillé « ses ressources », les puissances mises en jeu par la théurgie sont autorisées puisqu'elles continuent l'ouvrage, qu'elles permettent à l'humain de saisir le sens de sa faiblesse. Son orgueil veut le placer comme Roi de l'univers, sa faiblesse lui indique que le vent et la flamme, que l'eau et la terre l'accompagnent et accompagneront son cheminement. Saint-Martin ne jette pas la théurgie, il trace la Prudence, il discerne les agents, il cerne avec une redoutable précision l'oeuvre des agents : ils n'ont pas à nous donner ce dont nous croyons avoir besoin, ils ont à préserver, à maintenir la « forme » qui est utile pour accéder au nécessaire et au suffisant. L'homme pourtant n'hésite jamais à croire en « les voisins de ces Agents », toujours prêts à nous faire entendre les voix douces et berçantes de nos supposées nécessités. Ceux-là pourraient bien nous offrir une forme d'amour, un gain aux jeux, une pseudo santé, une imagination si folle que nous la croyons raison, une raison dans les raisonnements et nous la supposons Sagesse. Vous pouvez vous supposer dans la lumière, avoir quitté beaucoup d'orgueil et un peu de vanité, si la bête immonde et puante vous sent devenir dangereux pour elle et ses légions, elle vous attaquera par le biais de ceux que vous aimez le plus, les enfants, l'épouse, le mari, l'amant ou l'amante. Pour l'être aimé, le Mal sait que vous êtes prêt à accepter la mort, le ridicule, la destruction sociale, la folie ou l'enfer de la vie. En 1766, Saint-Martin marche par les voies extérieures. En 1792, sans renier sa première marche, Saint-Martin affirme : « notre être étant central doit trouver dans le centre d'où il est né tous les secours nécessaires à son existence. ». Je me permets de supposer que ce « tous les secours » n'en exclut aucun, donc il inclut les agents, ou vertus très actives de Martinès. Saint-Martin le confirme en disant à Kirchberger: « Sans vouloir déprécier les secours que tout ce qui nous environne peut nous procurer , chacun en son genre, je vous exhorte seulement à classer les Puissances et les Vertus. Elles ont toutes leur département. Il n'y a que la Vertu centrale qui s'étende dans tout l'empire. ». Permettez-moi de considérer, aussi, comme documents des maîtres les textes par question réponse qui prétendent transmettre un enseignement magistral et révèlent l'enfant en questionnements qui permettent d'approcher le monde spirituel dans lequel il désire vivre, mais sans y entrer hors la présence du manteau qui protège. La question qui suit, puisque les Martinistes possèdent un corpus doctrinal constitué du rite et des travaux de Martinès et de Saint-Martin, entre autres, est double : Saint-Martin est-il un modèle, est-il le modèle, (ou Martinès), la doctrine est-elle dogmatique ou irréprochable? La réponse pour le modèle, le vénérable ou vénéré Maître^8 <#sdfootnote8sym> Saint-Martin est simple, un homme possède des qualités, la vie de Saint-Martin prouve qu'il a tenté de les utiliser, un homme possède des défauts, Saint-Martin a essayé de les combattre et comme tout humain, il retombe facilement dans des ornières communes à son siècle ou qu'il a lui-même créées. Pas de maître à penser juste, de modèle incontournable à suivre chez un Martiniste, juste une prise de conscience qui permet, là comme ailleurs de pratiquer l'art difficile du discernement. Y aurait-il des dogmes dans le Martinisme ? Pourquoi pas, mais alors ce serait des dogmes compris, assimilés, acceptés, car le vrai dogme du Martiniste repose tranquille dans la nécessité de comprendre la parole reçue, pour l'accepter, la nuancer, ou la combattre, comprendre le parcours et ses exigences, comprendre ce qui est fait et comment cela est fait, comprendre la nécessaire participation à l'oeuvre pour que cette oeuvre soit conduite à son terme. Le Martinisme qui se contente de prétendre au « singe voit, singe fait » ne saurait intéresser l'homme de Désir. Comprendre ce que nous vivons, participer à ce que nous vivons, accepter la vie et de combattre pour la vie. Notre chemin va s'adapter aux capacités de chacun, l'un meublera son intellect, et ce sera bien, l'autre travaillera son coeur, un troisième entrera dans la voie très matérielle en apparence des besoins naturels à satisfaire. Rien de ce qui est humain ne sera étranger à celui qui veut entrer dans les mondes de l'initiation véritable. « Expliquer les choses par l'homme, non l'homme par les choses » des erreurs et de la vérité Comprendre, expliquer, s'engager, vivre... Si vous préférez apprendre les textes de Saint-Martin par coeur, et parler comme le « bon maître », sur trois phrases produire quatre truismes, personne ne vous tapera dessus pour autant. Ce serait pourtant bien si vous acceptiez d'utiliser des connaissances pour apprendre à penser, et surtout à penser par vous-mêmes. Point complémentaire, le Martinisme est ouvert à toutes les études, à titre personnel, il me semble pourtant que lorsque nous avons quelque monnaie dans notre portemonnaie, nous pouvons l'utiliser avant de prendre ce qui existe chez les autres, cela ne nous empêchera jamais d'éclairer notre marche avec d'autres chandelles que celles qui nous appartiennent. Commençons par étudier ce qui appartient au corpus martiniste, puis intéressons nous à ce qui existe en d'autres lieux. *IV* Le Martiniste est censé partir de la chute de l'homme pour arriver à la réintégration. Si, comme moi, vous supposez que Dieu utilise les outils qui lui sont disponibles pour parachever l'oeuvre entreprise, que Dieu a besoin des hommes, que l'homme sur Terre a une fonction, vous comprendrez que je sois moins perturbé par une mise à mal du cycle des réincarnations, si cela existe, moins perturbé par la présence ou l'absence d'un futur appelé paradis ou enfer. Il m'arrive de dire que le purgatoire, ça ne me rendra pas meilleur, que le paradis ne me préoccupe pas, et que l'enfer vous imaginez bien que s'ils ne m'ont pas perverti ou poussé à l'horreur, ils ne vont pas risquer de faire entrer là un homme qui aura osé penser selon des critères qui lui appartiennent. Que reste-t-il qui soit pire que l'enfer ou le purgatoire ? Le retour sur Terre, ou équivalent ! Un lieu où le vivant est appelé à participer à l'oeuvre du vivant ! Revenons au Martinisme quand il affirme que la réintégration constitue notre objectif. Saint-Martin tente de tout expliquer par la chute. S'il a raison, je n'arrive pas à m'impliquer dans ce type de raisonnements, pour moi, Saint-Martin raisonne lui aussi et ses raisonnements lui appartiennent ! Là où quelques individus veulent tout expliquer par « l'évolution » d'autres par « la création », lui explique tout « par la chute ». comme dans tout raisonnement, si vous acceptez le point de départ, si vous utilisez la logique, vous pouvez construire un argumentaire qui semble tenir la route. Il en va de la raison comme de l'imagination, donne-moi un point de départ et je te construis une histoire ! Avec Saint-Martin, la chute, la chute, la chute, mais de la réintégration^9 <#sdfootnote9sym> véritable objet du travail, que dit-il ? Serait-ce qu'il n'a osé parler du Christ ni en référence aux textes affirmés sacrés, ni à la supposée tradition secrète ? Pour revenir à la chute, ce n'est ni l'homme, ni la Terre qui sont concernés, ce n'est pas chez l'homme un mode d'approche d'une réalité possible parmi d'autres réalités possibles, c'est la cause du trouble de l'Univers ! Moïse est le prophète de Dieu, et Martinès est le rédacteur des faits révélés ! Philon lui-même n'osât pas dans Alexandrie utiliser les textes apocryphes. « Oui, Israël, s'écrie Moïse, je te dis en vérité qu'il en est du monde divin comme des habitants spirituels du monde général terrestre. Ne sois pas étonné si je t'apprends que les habitants du monde divin se ressentent encore de la première prévarication et s'en ressentiront jusqu'à la fin des temps, où leur action cessera de participer au temporel, qui n'est pas leur véritable emploi, et pour lequel ils n'ont point émané (sic)... De même que les habitants spirituels de la terre payent tribut à la justice de l'Éternel pour la prévarication du premier mineur, commise au centre de l'univers temporel, de même les habitants du monde divin payent tribut à la justice du Créateur pour l'expiation du crime des premiers esprits. » (cité par Matter p. 17 Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits). La première étape de cette réintégration semble liée à la délivrance de la nature par le ministère de l'homme qui doit rendre au soleil sacré son épouse « oui, soleil sacré^10 <#sdfootnote10sym>, c'est nous qui sommes la première cause de ton inquiétude... tu te lèves chaque jour pour chaque homme... tu te lèves joyeux dans l'espérance qu'ils vont te rendre cette épouse chérie, ou l'éternelle Sophie... tu l'as en vain demandé à l'homme; il ne te l'a point rendue ». Sophie, celle qui est veuve, celle qu'il nous faut remarier^11 <#sdfootnote11sym>. Après avoir restauré la nature, l'homme pourra reconstituer l'Androgyne. Il est clair qu'ici encore Railleurs de rire de ceux qui osent travailler sur de tels propos. Pourtant, en d'autres lieux, qu'est-ce que le « sol invictus », que la thèse gnostique de Hélène avec Valentin, que les deux Aphrodite de Platon, les deux Ishtar mais sans doute qu'est-ce au fond que cette histoire d'une Vierge nommée Marie qui ose interroger l'Ange et qui ose accepter la mission imposée. Il semble bien que nous approchons là par ce qui va paraître déraison, détours d'imagination détournée, une zone où le silence peut s'offrir en compréhension, une fenêtre s'éclaire un instant pour laisser filtrer une lumière que les aveugles perçoivent parfois et qui accroit leur douleur de ne pas savoir voir. Dans de tels propos, si vous sentez la dérision vous êtes bien dans la matière, si vous percevez un rai lumineux si faible soit-il, le sacré peut vous avoir caressé. Si tout cela peut vous paraître plus qu'impossible, pire que démence, il me reste à vous offrir une clé qui ne saurait semer sa zizanie ! Tout cela semble possible quand l'homme reconnaît le 'soleil sacré' qui darde ses rayons jusque dans le coeur, pour que l'homme répande autour de lui lumière et chaleur (d'après Homme de désir chant 79). Quel est le processus ? Le rite martiniste, tel que je le pratique depuis les années 1960 implique trois étapes, associé, initié, supérieur inconnu, la quatrième étape est celle du service à l'homme dans le groupe et dans l'Ordre. Nous avons vu que le Martinisme accepte de tendre la main au superstitieux comme au raisonneur, l'un et l'autre ballotés par les flots du torrent. Il les laissera, ou les abandonnera sur la rive, s'ils sont inaptes à quitter la planche pourrie à laquelle ils supposaient devoir leur survie. Il est possible de comprendre que des hommes soient attachés à des objets devenus inutiles, la marche sur la terre ferme va apporter son lot de fatras et ce qui appartient au torrent peut retourner au torrent. Dans la première initiation, l'homme est comme un aveugle, il suppose avoir besoin qu'une main lui soit tendue autant pour lui apprendre à voir, que pour le contraindre à utiliser les ressources naturelles qui sont les siennes ! Quand la vue ne répond plus, le corps prend la relève ! Quand la vue revient, le corps peut tenter de continuer d'utiliser les repères qu'il avait construit et qui sont devenus inutiles. L'associé revit la chute, élément fondamental du corpus martiniste, et le chemin de retour lui est indiqué. Premier drame, l'ego se persuade avoir reçu la lumière et l'homme se suppose apte à éclairer l'univers et les dieux ! Déjà, que dans le monde de la matière il avait été persuadé qu'il était le roi de la Terre, maître absolu du vivant et du minéral de la planète, l'initiation peut lui donner une sensation que cette fois « il est arrivé à la fin du parcours », il peut vendre ses biens et les distribuer aux pauvres ! L'initiateur rétablit la mesure humaine en lui montrant qu'il est dans un lieu, certes initiatique, mais animé par des humains qui se partagent les travaux. Lui, associé reçoit son premier travail, dans ce qu'il est, dans ce qu'il vient de recevoir, il lui faut discerner ce qui lui permettra de laisser naître l'homme de Désir. Comme il n'y a nulle contrainte chez les martinistes, l'associé est laissé à ses propres réflexions tout en recevant le droit d'expression. À lui de percevoir ses métaux, ses appétits, ses fanatismes, mais encore ses ouvertures. Question clé, qu'as-tu ressenti, qu'as-tu pressenti, qu'as-tu perçu en toi ? En fonction des réponses, l'ouvrage commence, et tout départ dans la construction du temple véritable pose la pierre de fondation, après avoir mis en place les fondations. 1231 Le Martinisme nous le disions affirme l'homme libre comme il nous affirme en relation avec un Dieu régnant sur des hommes libres, un Dieu aimant, un Dieu qui indique à nos âmes et à nos pensées les chemins qui nous mettent en relation avec Lui. C'est ce Dieu qui reçoit notre confiance, notre amour, et notre service. Si notre Dieu était le Dieu seulement créateur, celui là aurait placé des lois, lesquelles lois nous contraindraient à une action déterminée comme la nature nous en donne l'image par les phénomènes qui reviennent régulièrement. Le Dieu des Martinistes est un Dieu qui mérite d'être servi, et le premier service est de servir à l'homme, à l'humanité. Si le Dieu des Martinistes était le Dieu tout-puissant tout service serait vanité, puisque ce Dieu n'aurait pour serviteurs que la triste engeance humaine ; si d'autres êtres dans la nature prient ou adorent ce Dieu tout-puissant et créateur^12 <#sdfootnote12sym>, les hommes semblent les seuls à lui bâtir des lieux où ils tentent de le circonscrire ! Des hommes donnent le nom de HASARD pour expliquer ce que nous vivons, nous : les hommes avec tous les êtres vivants et toute la nature. Si Hasard a mis en route notre univers, il est bien heureux. L'homme ayant reçu une explication de son mode de vie ose, le plus souvent, s'en contenter. Le Martiniste étudie la science, étudie le spirituel... refuse de limiter les champs cultivables au prétexte que certaines zones ne produisent rien, matériellement. Si nous osons l'analogie, nous pourrions prétendre que l'homme, par ses travaux, permet au Soleil de se refléter, à l'image de la relation soleil-lune, dans l'humanité. Le travail peut consister, par le service à l'homme, démontrer que l'homme porte en lui cette étincelle qui affirme l'existence de la Présence, d'une présence perceptible, même à travers l'incertitude d'un « ressenti ». La nature peut témoigner d'un Dieu puissant et créateur, avec tous les problèmes que la nature apporte dans ce témoignage. L'homme en réalisant l'humanité, en portant cette humanité jusqu'à la découverte de l'ensemble de ses aptitudes, pourrait porter témoignage du Dieu aimant, du Dieu saint. L'homme et la Nature poseraient, alors, les fondements du temple. Si cette perspective vous parle, vous comprenez que les « intermédiaires » ont un autre rôle que de vous apporter un gain au jeu d'argent, la nourriture terrestre dont vous avez pourtant besoin, la satisfaction d'un besoin sexuel... Ils ont un autre rôle que celui de vous donner l'heure à laquelle vous devez vous lever, manger... ils attendent de vous une prière mais une prière qui soit aussi action. Le service est un service, il n'est pas le lieu de l'assistance, ni de l'aumône, celui qui refuse d'apprendre à pêcher peut, à la rigueur, bénéficier des poissons en excédent. Celui qui refuse d'apprendre à penser peut, à la rigueur, répéter les pensées des prédécesseurs, sa mémoire fonctionne, la pensée ne vit pas en lui. La question de la magie, d'une forme élaborée de spiritisme, de pratiques théurgiques revient fréquemment. La réponse se trouve dans Ecce Homo, cet opuscule fut écrit pour « montrer à quel degré d'abaissement l'homme infirme est déchu, et de le guérir du penchant au merveilleux d'un ordre inférieur, tel que le somnambulisme, les prophéties du jour. » (Gence 1824). Les fondements du temple véritable sont comme tout fondement élémentaires : faire place à l'Esprit, donc prendre en compte les fatras qui vous encombrent; laisser percevoir cette parcelle qui vit en vous et prouver, ainsi, l'existence d'un Dieu saint et aimant. Tels sont les premiers pas du théurge véritable, l'enrobage, mais cet enrobage c'est ce dont nous nous contentons, comme manger l'écorce de l'orange au lieu d'en apprécier les quartiers, c'est ce que les initiations apportent, c'est ce que les initiateurs proposent, ce sont là les « documents des maîtres ». Ils vous montrent l'écorce de l'orange, vous seul pouvez travailler à peler l'orange, vous seul pouvez manger les quartiers de l'orange ! Le Martinisme vous a sorti du Torrent, l'Homme de Désir peut naître en vous. Ce Désir peut vous permettre de relier, de rallier le monde Spirituel. C'est votre Pouvoir ! *V* La question du « comment suivre la voie de la réintégration posée et réponse faite », je suis bien conscient que ce qui est simple paraît en général trop complexe. Alors comme disait Martinès « commençons par assurer le symbolique! » et les initiateurs dont certains, au final, n'auront rien pu connaître d'autre reviennent à la démarche de l'explication des symboles martinistes. Le passage par la porte basse, les ténèbres et l'accès à la lumière, les couleurs du temple, le tumulte de la vie, les métaux et les passions, ... Certains vont s'enticher de données qui guideront toute leur vie, les nombres, le tarot, l'astrologie, d'autres iront chercher, mais en d'autres lieux, les voies très particulières d'une magie qui fait les magiciens et rarement les mages, du spiritisme qui permet le contact avec les parts secrètes des personnes ... D'autres parleront surtout de Rudolf Steiner, de René Guénon, de Bouddha, de lamas, du vieil homme sage de la forêt, d'ailleurs où c'est bien mieux... Ils sont Hommes de désirs, ils comprennent difficilement ce qui fait vivre leur Homme de Désir. Cela ne signifie pas pourtant qu'ils ne soient pas meilleurs en humanité que bien des martinistes fidèles ! Ceux qui resteront sur le chemin indiqué pourront aborder la quête du nouvel homme, la recherche de ce qu'ils portent de plus intéressant, de plus fondamental en eux. Ils découvriront la fonction du mental et ses assises sociales, la fonction des idées routines, pour lesquelles il n'est même plus besoin de penser, ils aborderont les territoires de la personne qui prend conscience de ce que nous faisons subir à la planète Terre et si possible de ce qu'ils se font subir à eux-mêmes et donc en écho à leur famille, à leurs groupes sociaux. Le corpus martiniste paraît souvent difficile à aborder, et il est extrêmement difficile pour qui veut l'aborder avec les outils qui ne conviennent pas. Ainsi tel vient avec sa boite à outils, il est maçon maçonnant, bon maçon de belle maçonnerie, il désire utiliser sa règle, son niveau, son équerre, son fil à plomb et ne peut comprendre que le Martinisme utilise un fil et deux pointes ; que le martiniste peut se promener avec seulement un fil en poche, là où un outillage lui est nécessaire. Celui là est philosophe, de bonne philosophie, il connait son Kant et son Descartes, et son Marx et son Derrida et ... le Martinisme lu
  • Louis-Claude de Saint-Martin - Les décennies - 1900-1903  

    2009-09-23 17:42

    Louis-Claude Saint-MARTIN Les Décennies 20e siècle Tome 11 Première partie 1900 – 1903
  • Louis-Claude de Saint-Martin - Les décennies - 1890-1899  

    2009-09-23 17:40

    Louis-Claude Saint-MARTIN Les Décennies 19e siècle Tome 10 1890 – 1899
  • Socialisme - francs-maçons - martinistes  

    2009-08-22 09:19

    Nous avons déjà remarqué maintes fois l'extrême variété des formes que prit le socialisme et le peu de rapport qu'offrent entre eux les écrivains qui y confinent. Dans ce chapitre, où sont déjà réunis des noms si divers, il nous faut encore dire un mot également de quelques penseurs fort différents entre eux, et de ceux que nous avons vus : je veux dire des francs-maçons, des martinistes et du bénédictin Deschamps. On ne peut dire avec précision jusqu'à quel point la franc-maçonnerie fut imbue d'idées avancées sur la propriété. S'il fallait en croire quelques fanatiques, tels que l'abbé Barruel[1] 1, elle n'eût été rien moins qu'une vaste conspiration aux doctrines subversives, et qui aboutit à la Révolution française. A vrai dire, beaucoup de francs-maçons s'inspirèrent de Rousseau[2] 2 et répétèrent ses maximes ; [407] toutefois, il ne paraît pas que la littérature maçonnique du 18e siècle contienne rien de bien violent, et les histoires de la franc-maçonnerie, abondantes en déclamations générales et en renseignements sur les péripéties de l'ordre, ne nous indiquent nulle part de doctrine communiste formulée avec précision. Peut-être, au fond de ses doctrines, le communisme était-il proposé comme un idéal lointain. La chose est vraisemblable, mais l'interprétation des symboles n'est pas susceptible d'être faite avec précision. Il est certain qu'une fraternité et une égalité purement morale, suffisaient à la plupart des francs-maçons. Nous allons rappeler quelques phrases qui montrent jusqu'où elles pouvaient aller pour les esprits avancés. En voici quelques-unes, disséminées dans le livre de Coutan, Le Grand œuvre dévoilé 1[3], « La cupidité des richesses, l'avidité des grandeurs et, généralement, toutes les vues purement humaines, sont comme autant de flambeaux qui éblouissent les hommes et les empêchent d'apercevoir la vérité... Pour arriver à la vraie philosophie, commencez par vous dépouiller de cet intérêt sordide et mercenaire qui vous tyrannise sans relâche ; prenez une ferme résolution de ne jamais vous approprier, à vous seuls ou à votre seule famille, les avantages que la nature ou la fortune vous présente... Ne possédez rien en propre et possédez tout en commun[4] 2... Ne s'occuper que de soi, c'est ne vivre qu'à demi ; s'intéresser au bonheur universel des hommes et agir en conséquence, c'est véritablement vivre et sentir que l'on vit[5] 3. » Être oisif, n'est que végéter. L'or, que l'auteur enseigne à fabriquer à ceux qui entendent son langage obscur, fut la cause de bien des maux. « C'est lui qui fait maintenant toute la distinction des conditions humaines[6] 4. » Beyerlé, qui parait avoir occupé un rang élevé dans la secte, proclame que « tout système qui tend au bonheur de l'homme, soit au physique, soit au moral, soit à l'intellectuel, est du ressort de la F\-M\[7] 5 » L'amour du bien, du vrai, du juste, de l'utile, l'union, la prudence, la charité, etc., constituent l'esprit maçonnique. L'auteur s'attache beaucoup plus à montrer la nécessité de la bienfaisance dans l'inégalité où nous vivons, qu'à prêcher la destruction de celle-ci. Toutefois, il déclare que, tandis que les [408] sociétés ordinaires s'appuient sur l'égalité, la liberté et la propriété, la franc-maçonnerie n'accepte que les deux premiers de ces termes. Dans l'historique qu'il fait de la société, il montre combien la propriété a éloigné l'homme de l'union que Dieu voulait voir établie. « Quand on a commencé à dire mien, tien, au lieu de nôtre, alors l'esprit de propriété a donné de l'extension au mot intérêt ; alors, ce sentiment, avili et pour ainsi dire dénaturé par cette extension, a fourni la mesure trompeuse et souvent cruelle des actions et des passions des hommes 1[8] » Le monde se fractionna en diverses sociétés isolées. La franc-maçonnerie embrasse dans ses vues tout l'univers ; elle rappelle l'égalité de nature, est ouverte à tous, et ne veut que le bonheur général. Il est évident que toutes ces phrases ont un caractère purement moral ; il ne parait pas que les francs-maçons du 18e siècle aient réellement songé à attaquer la propriété ; c'est, avant tout, par l'amélioration morale qu'ils ont voulu en atténuer les inconvénients. Il en est de même des illuminés, des martinézistes, martinistes et swedenborgiens. Les doctrines qu'ils soutinrent avant la Révolution ne sont pas celles que Weishaupt et ses adeptes propagèrent en Allemagne. L'on a parfois dit que Saint-Martin s'était approché du socialisme[9] 2. Mais ses plus soigneux biographes[10] 3 n'ont rien relevé de subversif chez lui ; sa politique a un caractère purement spéculatif et se pose en dehors et au-dessus de la société. Sans doute, il ne trouve pas celle-ci parfaite[11] 4, mais c'est le ciel seul qui pourra l'améliorer. Peut-être ceux qui ont taxé Saint-Martin de socialisme ont-ils songé à l'ouvrage intitulé : Suite des erreurs et de la vérité ou développement du livre des hommes rappelés au principe universel de la science par un Ph... Inc...[12] 5, mais c'est à tort qu'on le lui attribue. Il est l'œuvre d'un disciple[13]. D'ailleurs, il ne contient pas des critiques bien violentes ; on y trouve quelques phrases contre l'ambition et l'amour des richesses qui corrompent la bonne société primitive des hommes. Il recommande de changer l'esprit de propriété, [409] source de tous les vices, en esprit de communauté, afin que l'homme ne regrette pas l'état de nature. Qu'on fasse prédominer l'intérêt public sur l'intérêt particulier, « que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre... Ne souffrez ni des gens excessivement opulents, ni des citoyens excessivement pauvres. Ces deux états, naturellement inséparables, sont également funestes au bien commun[14] 1 ». Quelques phrases de ce genre ne constituent pas un socialisme bien avancé. Chez les illuminés comme chez les francs-maçons français, ce sont les maximes d'égalité et de fraternité morales que nous trouvons, non des critiques précises, ni des plans de réforme. I1 faut les mentionner d'un mot dans l'histoire du socialisme, mais sans attacher trop d'importance à leurs doctrines. Beaucoup plus original, plus important aussi comme précurseur du socialisme, est le bénédictin dom Deschamps. Avec lui, nous avons l'exemple du socialisme métaphysique 2[15]. M. Beaussire a exhumé la singulière figure de ce religieux, qui fut en correspondance avec un grand nombre de philosophes, n'aima pas la philosophie, mourut en chrétien après une vie régulière, et professa en métaphysique les principes mêmes de Hegel, et en morale le communisme. Déjà dans son premier ouvrage, les Lettres sur l'esprit du siècle, en 1769, il attaque la société policée qu'il trouve radicalement mauvaise. Dans le deuxième, La voix de la raison contre la raison du temps, on trouve des déclarations telles que celle-ci : « Il était dans le premier dessein de la Providence, selon la théologie même, que tous les hommes fussent égaux et les biens communs, que l'homme fût sous la loi naturelle, si l'homme n'avait pas péché[16] 3. » Si la religion, tout en prêchant l'égalité et la désappropriation, ne condamne pas la propriété et l'inégalité, c'est qu'elle est obligée de s'accommoder à l'état de lois. Mais la doctrine morale de Deschamps, comme ses idées métaphysiques ne furent développées que dans son grand ouvrage : La vérité ou le vrai système, dont une copie, incomplète d'ailleurs, nous est parvenue[17] 4. La théorie qui domine son œuvre est un panthéisme complet. [410] Pour lui, le sujet pensant ou sentant n'a pas d'existence distincte au sein du inonde idéal et du monde sensible. Il développe les propositions fondamentales de l'idéalisme hégélien. De ce panthéisme métaphysique et sans idées morales, une seule conséquence pratique peut être tirée, c'est « l'absorption des individus dans la société, correspondant à l'absorption des êtres particuliers dans le tout ». Aussi est-il sévère pour « l'état de lois » qui règne actuellement. La religion n'a pas tort de voir dans la propriété l'effet du péché originel. Elle dérive de cet état de lois, « qui est le vrai péché d'origine, et ne doit que nous amener vers l'état de loi naturelle et morale, qui est le vrai rédempteur à attendre [18]1 ». Or, dit il, «• le principe moral, que domine le principe métaphysique et qui aurait nécessairement pour conséquence de ne point faire à autrui ce que nous ne voudrions point qu'on nous fît, de n'en point faire notre sujet, notre valet, notre esclave, ce principe, dis-je, est l'égalité morale, qui renferme dans elle la communauté de biens quelconques[19]2 ». Si nous voulons sortir du détestable état social où nous vivons et être conséquents de la vérité» première, il faut que nous ne soyons qu'un, au moral comme au métaphysique, et « que nous ne fassions chacun de notre tendance à faire tout aboutir à nous... qu'une tendance qui ne fasse plus obstacle à celle de nos semblables..., qu'une tendance commune[20] 3 ». I1 faut que l'individu, qui n'est rien par lui-même, consente à s'absorber dans l'espèce, qui est son tout, et cherche son bonheur particulier dans le bonheur général. Or, il ne peut arriver à cela que par un état d'égalité. Pour extirper les racines de l'inégalité, il faut retrancher de nos constitutions les deux propriétés qui nous ont désunis, celle des biens de la terre et celle des femmes. Ainsi s'édifiera l'état de mœurs sur les ruines de l'état social. •« Si l'on veut se peindre d'avance l'état de moeurs, il n'y a qu'à se figurer les hommes hors des villes, jouissant sans inconvénients, sans lois et sans rivalité quelconque, de toute l'abondance, de toute la santé, de toute la force contre tout ce qui pourrait leur nuire, de toute la tranquillité d'âme, et de tout le bonheur que la vie champêtre, l'égalité morale et la communauté des biens, y compris celle des femmes, peuvent leur procurer et leur procureraient nécessairement[21]4. » Ce sont ces deux propriétés, plus redoutables dans l'état de lois que dans l'état sauvage, qui, en étant légalisées, ont occasionné le mal moral. [411] L'état sauvage ou dé nature serait préférable h l'état actuel, si nous n'avons pas l'espoir d'arriver par lui « à l'état social raisonnable, que j'appelle l'état de mœurs ou d'égalité ou de vraie loi naturelle ou morale, et qui est, sans contredit, préférable à l'état sauvage[22] 1 ». On voit que cet état idéal, supérieur à celui de Rousseau, puisque ce n'est pas l'état sauvage, ressemble singulièrement à l'état d'anarchie. D'ailleurs, contrairement à la plupart des socialistes, c'est surtout aux riches que Deschamps s'adresse ; il juge que tous les ennuis qu'ils éprouvent actuellement doivent bien les disposer pour l'état social raisonnable, d'où la culture intellectuelle sera bannie, et où l'on oubliera les mille soucis artificiels que les hommes se sont créés : l'âge d'or pourra renaître pacifiquement, et la chose arrivera, dès que les lois divines et humaines auront cédé la place à la vérité métaphysique et morale, ce qui est inévitable. Tel est le système de Deschamps. Il est complètement isolé et original à son époque. La métaphysique n'était pas en honneur au 18e siècle ; et notre religieux est une anomalie parmi nos autres socialistes, dont les mobiles sont bien différents. Aussi, nous ne nous étonnerons pas s'il trouva assez peu d'accueil chez les philosophes du temps. Robinet goûtait l'état de mœurs et le souhaitait, mais, disait-il, « qui attachera le grelot[23] 2 ? » Jean-Jacques jugeait son système une rêverie[24] 3, et Voltaire refusait de l'entendre[25] 4. Deschamps eut quelques disciples parmi les gens du monde, entre autres, le marquis de Voyer, fils du comte d'Argenson et neveu de notre socialiste. Mais il ne fit pas école. Son cas reste isolé dans notre littérature socialiste du 18e siècle. Il constitue un antécédent curieux et inattendu du socialisme moderne. On voit quelle variété présente la liste des écrivains où l'on trouve quelque chose qui approche du socialisme. Pour avoir une idée à peu près complète de son importance dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il nous faut dire quelques mots d'un certain nombre d'écrivains qui se groupèrent autour d'une question très spéciale, la réforme de la législation criminelle. [1] 3. Mémoires pour servir à V histoire du jacobinisme, Hambourg, 1798. 5 vol. in-8. [2] 4. Bonneville déclare : « S'il était donné à un homme de changer le genre humain, Rousseau aurait eu cet honneur. » Il loue en particulier le Discours sur l'inégalité. (Choix de petits romans imités de l'allemand, Paris, 1786, in-12. p. 240 et 242.) [3] 1. Amsterdam, 1775, in-12. [4] 2. P. 26-28. [5] 3. P. 37. [6] 4. P. 41. [7] 5. Essais sur la Franche- Maçonnerie, Latomopolis, 1783, 2 vol. in-8, t. I, p. XLI. [8] 1. Essais sur la Franche-Maçonnerie, Latomopolis, 1783, 2 vol. in-8, t. I, p. 28. [9] 2. Deschamps et Jannet, Les sociétés secrètes et la Révolution, 4e édit., Avignon, 1881, 3 vol. in-8, t. I, p. 275, Brunelliére. Du rôle de la F\-M\, Nantes, 1883, in-4, p. 8. [10] 3. Caro, Du mysticisme au 18e siècle. Essais sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, le philosophe inconnu, Paris, 1852, in-8, p. 259 sq. [11] 4. « La marche de la loi civile est défectueuse, tant dans ce qui regarde la personne des membres de la société que dans ce qui regarde tous leurs droits de propriété. »» (Des erreurs et de la vérité, Salomonopolis, 1782, 3 vol. in-8, t. Il, p. 89). [12] 5. A Salomonopolis, chez Androphile, à la colonne inébranlable, 1784, par le chevalier de Luze. [13] Le disciple, s'il le fut, est de nos jours considéré comme un ennemi, et la suite du livre comme un ouvrage qui devait tenter de détruire l'œuvre de lcsm. [14] 1. A Salomonopolis, chez Androphile, à la colonne inébranlable, 1784, par le chevalier de Luze, p. 302. [15] 2. V. sur lui Beaussire, Notice dans le Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. X, p. 473 sq. (1864) ; Id., Antécédents de l'hégélianisme dans la philosophie française. Dom Deschamps, son système et son école, Paris, 1833, in-12 : B. Malon, Dom Deschamps bénédictin, novateur du 18e siècle, dans la Revue socialiste, t. VIII, p. 236 sq. (année 1888). [16] 3. Beaussire, Antécédents de l'hégélianisme, p. 29 [17] 4. Il était rédigé dès 1761 (Beaussire, op, cit., p. 4). [18] 1. Beaussire, Antécédents de l'hégélianisme, p. 118. [19] 2. P. 124. [20] 3. P. 125. [21] 4. P. 127. [22] 1. Beaussire, Antécédents de l'hégélianisme, p. 129. [23] 2. P. 188. [24] 3. p. 149. [25] 4. P. 181 -- Posted By Cyvard to Martinisme: Maîtres Passés at 8/18/2009 03:08:00 AM
  • CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE, [167]la sainte alliance en royale...  

    2009-08-17 11:02

    CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE, [167] la sainte alliance en royale interrogation Joseph de Maistre au comte De Vallaise *Saint-Pétersbourg 20 Janvier/2 février 1816. * Monsieur le comte, Un travail forcé, imposé par les circonstances du moment, avec un rhume des plus violents, a fini par me donner un peu de fièvre ; je dicte cependant cette lettre du fond de mon lit à une personne de confiance, pour ne pas laisser en suspens un article qui peut être détaché de la masse des affaires. Votre Excellence m'a fait tout le plaisir possible en m'apprenant que j'avais rencontré les idées de Sa Majesté sur la fameuse convention chrétienne de Paris, et puisque le Roi me fait l'honneur de désirer de plus amples détails sur ce point, voici ce que je dois ajouter, Votre excellence a beaucoup ouï parler d'illuminés, mais qu'elle prenne bien garde qu'il n'y a pas de mot dont on abuse davantage ; on s'est accoutumé à ranger sous ce mot tous les gens qui professent des doctrines secrètes, de porte qu'on était venu à donner le même nom aux disciples de Weishaupt en Bavière, qui avaient pour but l'extinction générale du christianisme et de la monarchie, et aux disciples de Saint-Martin, qui sont des chrétiens exaltés. Pour fixer ses idées, il suffit que Votre Excellence sache qu'il existe maintenant en Europe une innombrable quantité d'hommes qui ont imaginé que le christianisme recèle des mystères ineffables nullement inaccessibles à l'homme, et c'est ce que les Allemands appellent le /christianisme transcendantal/ [168] Ils croient que le christianisme était dans son origine une véritable initiation, mais que les prêtres laissèrent bientôt échapper ces divins secrets, de manière qu'il n'y a plus dans ce moment de véritable sacerdoce. La haine ou le mépris de toute hiérarchie est un caractère général de tous ces illuminés, au point que Saint-Martin, avec toute la piété dont ses livres sont remplis, est cependant mort sans appeler un prêtre. Ils croient à la préexistence des âmes et à la fin des peines de l'enfer, deux dogmes fameux d'Origène. Je n'en dirai pas davantage à Votre Excellence, ceci n'étant point une dissertation ; je me borne à lui dire que je me suis si fort pénétré des livres et des discours de ces hommes-là, qu'il ne leur est pas possible de placer dans un écrit quelconque une syllabe que je ne reconnaisse. C'est cet illuminisme qui a dicté la convention de Paris, et surtout les phrases extraordinaires de l'article 1er, qui ont retenti dans toute l'Europe. Quelqu'un observait l'autre jour en riant qu'on avait fait tort au Saint-Esprit en ne l'y nommant pas, et que c'était un passe-droit. Mais il ne s'agit pas de rire : les illuminés de ce genre pullulent à Saint-Pétersbourg et à Moscou ; j'en connais un nombre infini, et il ne faut pas croire que tout ce qu'ils disent et écrivent soit mauvais, ils ont au contraire des idées très saines, et, ce qui étonnera peut-être Votre Excellence, ils se rapprochent infiniment de nous de deux manières. D'abord leur propre clergé n'a plus d'influence sur leur esprit, ils le méprisent profondément, et, par conséquent, ils ne l'écoutent plus : s'ils ne croient pas le nôtre légitime, au moins ils ne le mé[169]prisent point et même ils ont été jusqu'à convenir que nos prêtres avaient mieux retenu l'esprit primitif. En second lieu, les mystiques catholiques ayant beaucoup d'analogie avec les idées que les illuminés se forment du culte intérieur, ceux-ci se sont jetés tête baissée dans cette classe d'auteurs : ils ne lisent que sainte Thérèse, saint François de Sales, Fénelon, madame Guyon, etc., etc. Or, il est impossible qu'ils se pénètrent de pareils écrits sans se rapprocher notablement de nous, et j'ai su qu'un grand ennemi de la religion catholique disait ici il y a peu de temps : /Ce qui me fâche, c'est que tout cet illuminisme finira par le catholicisme./ Si, d'un côté, ils nous touchent par les mystiques, de l'autre ils se rapprochent des chrétiens relâchés ou pour mieux dire des déistes allemands qui ont inventé ou ramené la distinction de la /religiosité/ et de la /religion/ : par la première, ils entendent certains dogmes fondamentaux qui font l'essence de la religion, et par la seconde, les dogmes particuliers de chaque communion qui n'ont rien d'essentiel. La première est l'homme, et la seconde est son habit, dont vous seriez bien le maître de changer, monsieur le comte, sans cesser d'être le comte de Vallaise. Je suis parfaitement informé des machines que ces gens-là ont fait jouer pour s'approcher de l'auguste auteur de la convention et pour s'emparer de son esprit : les femmes y sont entrées comme elles entrent partout. Votre Excellence a observé que la convention n'a [170] point de titre ; j'ajoute qu'elle ne peut point en avoir, et voici pourquoi : c'est que tous les grands et excellents personnages qui l'ont souscrite ne connaissent pas dans toute leur étendue les vues de ceux qui l'ont dictée, et que ceux-ci se gardaient bien de vouloir s'expliquer clairement. Si l'esprit qui a produit cette pièce extraordinaire avait parlé clair, nous lirions en tête : /Convention par laquelle tels et tels princes déclarent que tous les chrétiens ne sont qu'une famille professant la même religion, et que les différentes dénominations qui les distinguent ne signifient rien./ Méditez bien la pièce, monsieur le comte, et vous sentirez que si elle n'a pas ce sens-là, elle n'en a point. Ces idées de d/ogmes fondamentaux et non fondamentaux, d'église universelle et de christianisme général/ ne sont point nouvelles ; elles ont été inventées il y a bientôt deux siècles par les protestants, qui ne savaient pas comment se défendre contre nous lorsque nous leur demandions /où était l'église/ ; elles furent pulvérisées dans le temps par nos grands docteurs du 17^e siècle ; mais les Russes, qui sont parfaitement étrangers à notre controverse, les prennent pour des découvertes, Votre Excellence voit que ce n'est pas sans raison que l'instinct royal de Sa Majesté s'effarouche à l'idée de souscrire cette pièce ; cependant, si la proposition lui en était faite directement, et surtout d'une manière pressante, je n'oserais pas dire qu'elle ne pût pas la souscrire, et voici mes raisons : La pièce est absolument énigmatique, excepté dans l'endroit où elle déclare que /les Rois ne règnent que par l'autorité divine./ A cet égard, j'espère qu'il n'y a pas de difficulté ; et quant au passage où les trois monarques se déclarent pères de trois nations qui ne font qu'une famille, c'est encore une chose qui peut s'interpréter en bien ». A la vérité, il y a bien une idée de /christianisme universel/ enveloppée dans ces expressions ; mais précisément parce qu'elle est enveloppée et nullement mise en dehors, il est permis de ne pas l'apercevoir ; et tout au plus, si sa Majesté, par la plus juste déférence personnelle ou par une autre raison, croyait devoir souscrire, il me semble qu'elle aurait à éviter toute difficulté en accompagnant sa signature d'une protestation que personne ne pourrait blâmer, comme par exemple : /sans préjudice de notre parfaite soumission à tout dogme catholique sans exception ni restriction./ Ce que je dis, monsieur le comte, sans aucune prétention, uniquement pour répondre à votre invitation de m'expliquer plus amplement sur ce sujet Une chose piquerait sans doute la curiosité de Votre Excellence, ce serait de savoir si les dogmes des illuminés, en s'approchant de l'auguste rédacteur de convention, ont obtenu son assentiment, et s'il a vu ce qu'on voulait obtenir de lui. Sur cela je n'ai rien à dire ; je ne dis que ce que je sais. Ce que je crois savoir par une foule de relations combinées, c'est que jamais aucun savant catholique ne s'est approché de lui, de manière que j'ignore si jamais notre système [172] a été exposé dans toute sa plénitude philosophique et religieuse. Je crois devoir ajouter une chose singulière, c'est que le décret prononcé contre les jésuites est le meilleur antidote contre toute conséquence dangereuse qu'on voudrait tirer de la convention de Paris. En effet, dans la même semaine où, par la publication de la convention, les Autrichiens, les Prussiens et les Russes sont déclarés chrétiens d'une même famille, les jésuites n'en sont pas moins foudroyés pour avoir voulu proposer à quelques Russes d'embrasser la religion des Autrichiens, ce qui nous éloigne un peu de l'/église universelle/ et du /christianisme transcendantal/. Il est dit dans le décret du 31 décembre que /depuis plusieurs siècles l'empire de Russie repose sur la religion grecque comme sur un roc inébranlable/. Je ne veux pas demander ce que c'est qu'une base inébranlable qui peut être ébranlée par trois ou quatre jésuites qui la touchent du bout du doigt ; je dis seulement que si jamais, en vertu de la souscription du Roi , on venait à lui demander quelque acte de tolérance contraire à ses principes, il prouverait sur-le-champ, par le décret rendu contre les jésuites, que tout prince souscripteur de la convention a tout le droit possible de défendre sa religion n'en déplaise à la /religiosité/. Je me réfère à ma première lettre pour rappeler à Votre Excellence que le bien ne peut se faire que par nuances ; qu'il faut toujours se faire un plaisir et un devoir de louer les choses pour tout ce qui s'y trouve de bon ; que, malgré ce qui manque à la convention de [175] Paris, elle vaut cependant, selon les apparences, mieux que ceux qui l'ont dictée, parce qu'elle s'est épurée en passant par un canal plus net ; et qu'à la fin, elle doit produire quelque bien. Telles sont les idées que j'ai cru devoir soumettre à Sa Majesté ; elle y trouvera au moins une parfaite vérité et les bases nécessaires pour se décider dans sa sagesse, si les circonstances l'obligent à prendre un parti. il y a dans cette lettre d'un diplomate à son ministre référent une façon de s'exprimer que nos chasseurs de sectes pourraient prendre en considération l'action des jésuites est pointée du doigt...
  • Correspondance diplomatique illuminés ... martinistes 2  

    2009-08-14 12:39

    Saint-Pétersbourg, 28 avril / 10 mai 1816. * * * *Monsieur le comte, * J'ai appris avec la plus grande joie que nous sommes enfin maîtres d'Alexandrie ; il en était temps. Il faut rendre justice à messieurs les détenteurs ; les Autrichiens tiennent bien ce qu'ils tiennent. Frédéric II, qui voulait parler latin, disait, comme on sait : Beati pozedentes ! Mais cet axiome est de toutes les langues et se trouve partout. Votre Excellence a lu sans doute ou parcouru l'ouvrage de M. de Pradt sur le Congrès de Vienne. Je lui recommande le chap. XIX du 2^e vol. sur l'Italie. Ce qui lui plaira et ce qui lui déplaira mérite une égale attention. Pourrais-je lui demander sans indiscrétion pourquoi à la page 127 du /Palmaverde/, qu'elle a bien voulu m'adresser, je vois les noms des grands officiers de l'ordre de Savoie, sans aucun nom de chevaliers ? Auriez-vous vu par hasard, dans le berceau du nouveau-né, l'inévitable épitaphe d'un vieillard vénérable ? Tout ceci, je le répète, sauf indiscrétion. J'ai vu avec beaucoup de plaisir dans la dépêche de Votre Excellence qu'elle a pris, ainsi que Sa Majesté, quelque intérêt à la petite /dottorata/ que j'ai envoyée sur les illuminés. Je ne crois pas du tout, comme le dit fort bien Votre Excellence, que nous sortions tout à fait de notre sujet en traitant celui-là ; rien de ce qui touche à la vitalité des empires n'est indifférent au département confié à Votre Excellence. Je la prie, et je prie [208] aussi Sa Majesté de vouloir bien se rappeler que dans tout ce que j'ai dit je n'ai point parlé en l'air, que* je dis ce que je sais à fond, ce que j'ai vu, ce que j'ai lu; que j'ai copié de ma main les papiers secrets. Conjointement avec un ami précieux, que je ne cesserai de regretter (le feu comte Salteur), j'ai fait les recherches les plus laborieuses pour savoir à quoi m'en tenir sur ce grand chapitre, et j'y ai gagné au moins de savoir de quoi je parle.* Sa Majesté, lorsque ce sujet se présentera à son esprit, doit bien se garder de deux choses : 1° de confondre les illuminés avec les *francs-maçons* ; 2° de n'attacher qu'un seul et même sens à ce mot d'illuminés, puisque l'abus du langage l'applique à des systèmes entièrement différents. L'effet de l'illuminisme, tel que je l'ai fait connaître sur la Russie, n'est et ne peut être que celui que j'ai dit, c'est-à-dire de ronger de son côté la religion nationale, déjà limée puissamment de trois côtés par le protestantisme, par le catholicisme et par le rascolnisme. Ce dernier parti, déjà innombrable, vient de recevoir un grand aliment, au moins préparé par la détermination de la Société biblique de publier une traduction de la Bible en russe vulgaire ; cette traduction créera de nouveaux rascolnics par milliers ; mais rien ne peut détromper les Russes des folies étrangères , ils ne se défient que de notre sagesse. C'est un fatum inexplicable. Ils auraient cependant un argument bien clair, bien facile, bien lumineux pour se détromper de la Société biblique, s'ils n'étaient pas condamnés, je ne sais pourquoi, à n'en écouter aucun. Ils nous accusent sans cesse de prosélytisme ; à la bonne [209] heure, c'est un vice que nous partageons avec les mathématiciens, qui se font entendre partout, comme on sait. Or, puisqu'on nous accorde ce talent, même à un degré éminent, qu'on nous croie au moins sur les moyens de l'exercer ; et puisque nous condamnons la communication illimitée des Écritures saintes en langue vulgaire comme pestilentielle à la religion, qu'on proscrive donc sans autre examen ce que nous proscrivons à ce titre. Point du tout, monsieur le comte, ils continueront à convenir intrépidement que nous sommes de très-grands peintres, tout en niant que nous sachions broyer les couleurs. Il y a des illuminés dans toute l'Europe. J'en ai connu et laissé beaucoup en Piémont, mais Sa Majesté doit peu s'en embarrasser. Le Piémontais est trop instruit, trop calme, trop fin surtout et trop /guardingo/ pour donner, du moins en nombre considérable, dans ces billevesées aériennes. Le roi peut se tenir sûr de n'avoir jamais chez lui que de bons chrétiens et de robustes mécréants. Pour de ceux-ci, j'en ai connu, même de la plus haute taille. Voici une anecdote qui tombe de ma plume. Il m'arriva jadis de passer une journée entière avec le fameux Saint-Martin, qui passait en Savoie pour se rendre en Italie. Quelqu'un lui ayant demandé depuis ce qu'il pensait de moi, il répondit : /c'est une excellente terre, mais qui n'a pas reçu le premier coup de bêche/. Je ne sache pas que dès lors personne m'ait /labouré/ ; mais je ne suis pas moins enchanté de savoir comment ces messieurs /labourent/. Au reste, monsieur le comte, quoique [210] je ne sois qu'une /friche/, cependant le bon Saint-Martin a eu la bonté de se souvenir de moi et de m'envoyer des compliments de loin. Un grand nombre de bons esprits croyaient pouvoir prédire que l'éloignement des jésuites n'arrêterait nullement la propagation des nouvelles idées ; c'est en effet ce qui arrive, et d'une manière purement spontanée. Dernièrement une femme bien née, mais d'un esprit et d'une instruction très-ordinaires, et fanatique jusqu'à la fureur pour son parti, s'est tournée brusquement du côté de saint Pierre ; quelqu'un, Russe ainsi qu'elle, et qui avait droit de lui parler, lui ayant demandé quelle était donc la cause d'un changement aussi extraordinaire, elle a répondu ; « les bêtises que m'a dites mon pope à ma dernière confession de Pâques. » Ceci est très-singulier et très-remarquable. Votre Excellence y verra une nouvelle preuve de ce que j'eus l'honneur de lui dire au premier moment : /que les jésuites avaient sans doute profité (peut-être avec quelque imprudence de la part de tel ou tel individu) du mouvement opéré dans les esprits, mais qu'ils n'en étaient ni ne pouvaient en être les auteurs,/ Tel est, monsieur le comte, le supplément que je devais à ma lettre sur les illuminés ; je n'ai pu le faire ni plus long ni plus court. Le tarif tant attendu vient de paraître, j'aurai l'honneur d'en rendre compte. M. de Lucadon, major dans les gardes de Sa Majesté Prussienne, vient d'arriver ; c'est un ministre dans les formes, mais seulement pour les communications de tactique, du moins à ce qu'on dit. Je suis, etc.
  • UN PUBLICISTE RUSSE DU XVIIIe SIÈCLE et martiniste :ALEXANDRE...  

    2009-08-13 11:26

    L'un des événements les plus considérables de l'histoire de Russie, on peut dire de l'histoire du monde au dix-neuvième siècle, ç'a été la suppression du servage. On s'étonne aujourd'hui qu'une aussi monstrueuse institution ait pu subsister si longtemps. Elle avait tellement pénétré dans les mœurs, tant d'égoïsmes étaient intéressés à la maintenir, que, même sous Catherine II, à l'époque où les idées philosophiques envahissaient la Russie, il ne s'éleva contre elle que de rares et timides protestations. Dans la grande commission convoquée par Catherine II pour donner à la Russie un nouveau code de lois, qui d'ailleurs ne fut pas rédigé, le principe du servage ne fut même pas discuté. On se contenta de signaler certains abus, celui, par exemple, qui consistait à séparer les uns des autres les membres d'une même famille pour les vendre isolément. « Tournons nos regards vers l'humanité, disait dans la séance du 15 octobre 1767 le prince Michel Stcherbatov, et nous aurons honte à la seule pensée que l'homme, notre égal [96] par la nature, puisse être comparé aux bestiaux et comme eux vendu isolément. Nous sommes des hommes, et les paysans qui nous sont soumis sont nos semblables. La diversité des circonstances nous a faits leurs maîtres, mais nous ne devons pas oublier que ce sont des créatures comme nous. C'est là un principe incontestable or, est-il conforme à ce principe que le maître, uniquement par esprit de lucre, puisse arracher un homme ou une femme à ses parents, à sa famille, à sa maison, et le vendre comme une pièce de bétail ? Quel cœur ne serait touché en voyant couler les larmes du misérable vendu contraint d'abandonner le lieu de sa naissance, ceux qui l'ont engendré, élevé, avec lesquels il était accoutumé de vivre ? ... Qui n'aurait pitié des gémissements, des larmes, de la douleur de ceux qui restent[1] 1 ? » Malgré la généreuse protestation de Stcherbatov, l'abus qu'il flétrissait se prolongea jusqu'aux premières années du dix-neuvième siècle. Quant au principe même du servage, personne dans la grande commission ne songea même à le discuter. Le premier Russe qui osa l'attaquer en face, ce fut Alexandre-Nikolaevitch Radistchev. On ne connaît à l'étranger ni son nom, ni son oeuvre vivant, il a été persécuté mort, son livre a été pendant de longues années interdit en Russie, ou, s'il a été autorisé à reparaître, plus d'une page importante en a été arrachée par la censure. Nos lecteurs me sauront gré, je crois, de leur faire connaître cet écrivain sympathique et original[2] 2. [97] I Alexandre-Nicolaevitch Radistchev naquit à Moscou ~en 1749. Il fut élevé à l'Ecole des pages, l'enseignement y était médiocre, il ne comprenait guère que les mathématiques et la morale. L'école était dirigée par un major assez brutal, qui n'épargnait aux élèves ni la bastonnade, ni les soufflets. Envoyé pour compléter ses études au gymnase académique de Leipzig, Radistchev y mena cette vie pénible que mènent encore aujourd'hui beaucoup de ses jeunes compatriotes étudiants des universités étrangères il connut le froid et la faim, la misère et la débauche. Ce qui l'intéressait surtout, c'était la philosophie française. Il lut Helvétius, Mably, Rousseau. Il traduisit même un ouvrage de Mably Observations sur l'histoire de la Grèce. La traduction fut imprimée aux frais de Catherine par les soins de l'Académie des sciences l'impératrice n'y remarqua point ou crut devoir laisser passer une note assez subversive sur le despotisme. Quand il revint en Russie, Radistchev était toujours pénétré de l'esprit des philosophes. Il était né « avec un cœur sensible on sait qu'il était alors de bon ton d'être sensible. Attaché à son retour au collège du [98] département du commerce, il fit un bon employé du service des douanes. Mais il avait de plus hautes ambitions il rêvait d'imiter, d'égaler peut-être, les écrivains étrangers dont les œuvres exaltaient son ardente imagination la lecture de l'Histoire philosophique des Indes, par Raynal, lui avait inspiré l'horreur du servage celle du Voyage sentimental de Sterne lui donna l'idée d'écrire un ouvrage analogue où, dans un cadre facile et élastique, il pourrait épancher sa sensibilité et dire à ses compatriotes tout ce qu'il avait sur le cœur. Le Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou fut imprima à Saint-Pétersbourg en 1790 ce livre d'un ennemi du servage avait été composé dans une imprimerie privée, par les serfs mêmes de l'auteur. Un censeur peu clairvoyant l'avait visé et approuvé Radistchev pouvait donc se croire en sûreté. En 1783, Catherine avait proclamé la liberté de l'imprimerie, sous le contrôle de la censure. Mais les premiers symptômes de la révolution française avaient épouvanté l'impératrice et l'avaient fait reculer dans la voie du libéralisme où elle s'était engagée naguère, de concert avec ses amis les philosophes. On lui signala le livre de Radistchev comme « infecté d'esprit français, rempli de passages où l'auteur défend les paysans qui égorgent leurs propriétaires, où il prêche l'égalité des citoyens et prêche la révolte contre les seigneurs. » L'auteur était un martiniste[3] 1, autrement dit un franc-maçon c'était de plus un libre penseur il avouait lui-même qu'il ne s'était pas confessé et n'avait pas reçu la communion depuis quatre ou cinq ans. « Il est pire que Pougatchev, s'était écriée l'impératrice il fait l'éloge de Franklin » Radistchev fut cité devant la chambre criminelle. Il fut condamné [99] à la peine de mort et son livre à être détruit. La législation russe de cette époque était singulièrement confuse les considérants invoquaient tour à tour l'Oulojenie ou code du tsar Alexis Mikhaïlovitch, le règlement militaire, et même le règlement pour la marine. L'un des arguments les plus topiques contre l'auteur était celui-ci il avait publié l'ouvrage sous le voile de l'anonyme, donc ce n'était pas pour acquérir le renom d'écrivain donc c'était pour provoquer une révolution. Catherine eut le bon sens de ne pas ratifier cet arrêt monstrueux. Radistchev, surpris par une si rude épreuve, ne montra pas, il faut le reconnaître, un tempérament héroïque. Il désavoua son livre, et de la façon la plus misérable. La profession d'homme de lettres, la dignité de publiciste n'existaient pas encore en Russie ; un martyr volontaire de la libre pensée eût été considéré comme un fou. Dans une note manuscrite qui nous a été conservée, le condamné expliquait ainsi la genèse de son livre et le remords qu'il éprouvait de l'avoir composé : « Je ne veux pas justifier mon abominable livre, car je comprends maintenant combien il est horrible. Je pourrais en écrire moi-même la réfutation si mon intelligence n'était pas en désordre et mon cœur affligé ; mais je désire expliquer la marche de mes pensées et comment mon intelligence, roulant d'erreur en erreur, est arrivée finalement à cette confusion qui m'a conduit à l'abime. Jusqu'à mon mariage, j'ai surtout lu des livres de littérature j'ai lu aussi beaucoup de livres ecclésiastiques, suivant le conseil de Lomonosov car je connaissais insuffisamment la langue littéraire et je m'efforçais d'acquérir les connaissances nécessaires pour me mettre en état d'exercer ma plume. Je suis né avec un cœur sensible, et les essais de ma plume étaient toujours consacrés à de tendres objets, d'ailleurs sans succès. Lorsque je me mariai, je laissai de côté tout le radotage amoureux ; je jouissais du bonheur réel sans m'occuper d'autre chose que de mes affaires [100] domestiques. Quand je fus nommé au Collège du commerce, je considérai comme mon devoir d'acquérir les connaissances relatives au commerce. Je lus des livres relatifs à cet objet ; puis je me mis à lire des livres traitant de l'histoire universelle ou des voyages et je m'efforçai d'acquérir des connaissances dans la législation commerciale russe. Jusque-là mon intelligence avait sans doute oublié son ancien désir de s'exercer au métier d'auteur ou en avait été détournée par l'insuccès de mes œuvres légères. A ce moment, je me mis à lire l'Histoire des Indes de Raynal. Je puis considérer ce livre comme le point de départ de ma misère actuelle. Je commençai à le lire en 1780 ou 1781. Le style me plut je considérais ce style ampoulé comme de l'éloquence, les locutions audacieuses comme le vrai bon goût et, voyant ce livre estimé de tout le monde, je voulus en imiter la manière. Pour m'exercer, j'écrivis alors le récit sur les ventes publiques d'esclaves. L'année suivante, ayant lu Herder, je ~commençai à écrire sur la censure. Enfin il m'arriva de lire la traduction allemande du Voyage d'Yorik, et il me vint à l'esprit de l'imiter. Je puis donc dire que le style de Raynal, m'entraînant d'erreur en erreur, m'amena à la composition de ce livre insensé. Ainsi, voulant imiter cet écrivain, je produisis cette œuvre monstrueuse. 0 insanité ! insanité ! 0 vanité pernicieuse de vouloir se faire un nom parmi les écrivains ! O vous, mes infortunés et bien-aimés fils, instruisez-vous par mon exemple et fuyez la vanité dangereuse de vouloir être des écrivains » Dans son exil, Radistchev reprit conscience du rôle et de la véritable dignité de l'écrivain. Il fit peindre, pour en orner sa maison d'exil, l'image d'un saint martyr de sa franchise, avec cette inscription Heureux ceux qui sont exilés pour la vérité D'ailleurs, cet exil fut abrégé par la mort de Catherine II. Paul 1er le rappela en Russie. Alexandre Ier lui rendit ses droits civiques et même l'ordre de Saint-Vladimir, dont il avait été dépouillé. Il le nomma membre de la commission chargée d'élaborer un nouveau code de lois. Radistchev n'eut pas le temps d'y jouer un rôle bien considérable il mourut en 1802. [101] Il termina sa vie par le suicide. Après sa mort, on l'oublia. Ses amis firent paraître en 1807 ses œuvres posthumes, qui furent peu remarquées. Ce fut Pouchkine qui eut le mérite de remettre en lumière l'auteur du Voyage. Au mois d'avril 1836, il lui consacra une étude d'une quinzaine de pages. Il le jugeait d'ailleurs fort sévèrement : « Le Voyage, disait-il, est une œuvre très médiocre, écrite d'un style barbare. Les tableaux de la misère des paysans, de la brutalité des seigneurs, sont exagérés et d'un ton banal. Les élans d'une sensibilité affectée et emphatique sont parfois extraordinairement ridicules. Dans l'oeuvre de Radistchev se reflète toute la philosophie française de son temps le scepticisme de Voltaire, la philanthropie de Rousseau, le cynisme politique de Diderot et de Voltaire, mais sous un aspect faux et bizarre, comme dans un miroir recourbé. C'est le véritable représentant d'une demi-civilisation. Le mépris ignorant de tout le passé, l'étonnement naïf devant le présent, la passion aveugle des nouveautés, des informations partielles et superficielles, voilà ce que nous offre Radistchev. C'est chez lui comme un parti pris d'exciter le pouvoir par d'amères critiques ; ne vaudrait-il pas mieux indiquer le bien qu'il est en état de faire ?... » Ce jugement, comme on le voit, est plus sévère que sympathique mais, sous l'empereur Nicolas, le nom même de Radistchev effarouchait la censure, et l'étude de Pouchkine ne put être publiée que dans l'édition de ses œuvres qui parut en 1877. L'année suivante, Herzen imprimait à Londres l'édition que j'ai sous les yeux en ce moment. Dans une courte préface, il prenait vivement à partie le peuple coupable de n'avoir pas compris une des œuvres les plus remarquables du dix-huitième siècle. Je suis de l'avis de Herzen contre Pouchkine les défauts littéraires de Radistchev sont de son temps mais la nouveauté de ses idées est bien à lui et elle fait honneur [102] à son caractère. On en jugera par l'analyse et des extraits du Voyage, qui, jusqu'ici, n'a été traduit en aucune langue étrangère et qui, certainement, a le droit de bénéficier, lui aussi, de l'intérêt parfois exagéré qui s'attache aujourd'hui à des œuvres plus modernes et souvent moins intéressantes de la littérature russe. II Le Voyage de Pétersbourg à Moscou est un cadre imaginé par l'auteur pour exposer plus facilement sans alarmer la censure ou le public, les idées libérales et humanitaires que Radistchev avait puisées dans la lecture des philosophes, dans les méditations de sa conscience, dans le spectacle des misères qui l'entouraient. « J'ai regardé autour de moi, dit-il dans la dédicace, mon âme a été désolée des souffrances de l'humanité j'ai regardé dans mon for intérieur, et j'ai vu que les misères de l'homme viennent de l'homme. » C'était peut-être la première fois qu'un Russe songeait à dépeindre son pays dans des notes de voyage. Assurément, Radistchev n'a pas pour objet principal la description des types et des paysages néanmoins, au milieu de tout le fatras philosophique ou philanthropique qui encombre la plupart de ses lettres, on peut noter plus d'un détail intéressant pour l'étude des mœurs, du caractère ou de la nature russe il y a un siècle. La première lettre présente un tableau très animé d'un bureau de poste avec son maître négligent qui se soucie fort peu des voyageurs et se retourne pour dormir contre le mur quand on lui demande des chevaux, et ses braves postillons toujours prêts à atteler moyennant un généreux pourboire. L'homme russe auquel l'auteur s'intéresse [103] n'est pas un être abstrait, un membre quelconque d'une humanité idéale c'est un moujik réel en chair et en os «'est un izvostchik[4] qui chante une chanson mélancolique en ton mineur ou qui revient du cabaret en dodelinant de la tête c'est un bourlak[5] 1, la joue rouge encore des soufflets reçus dans une querelle d'ivrognes. L'un des morceaux qui étonnèrent le plus les contemporains, c'est la lettre intitulée Klin [6]2, où l'auteur décrit sa rencontre avec un chanteur aveugle et les paysans qui l'entourent. Il mérite d'être cité en partie : « Dans la ville de Rome vivait un prince appelé Euthymian. » Ainsi chantait un vieillard aveugle assis à la porte de la maison de poste il disait la légende populaire d'Alexis .l'homme de Dieu il était entouré d'une foule composée surtout d'enfants et de jeunes gens. Sa tête argentée, ses yeux fermés, la sérénité de son visage inspiraient aux assistants une sorte de respect religieux. Son chant était simple ; mais son langage touchant pénétrait mieux dans le cœur de ses auditeurs, plus sensibles à la voix de la nature que les oreilles ~exercées de Pétersbourg ne le sont aux savantes vocalises des Gabrielli, des Marchesi ou des Todi. Il n'y eut aucun des assistants qui ne fût agité d'une profonde émotion quand le chanteur, arrivé au départ de son héros, se mit à débiter sa complainte d'une voix entrecoupée. A ce moment, ses yeux se remplirent de larmes ; elles venaient d'une âme sensible aux malheurs d'autrui et elles coulaient en ruisseaux sur ses joues. O nature, que tu es puissante ! En contemplant le vieillard qui pleurait, les femmes se mirent à sangloter ; des lèvres de la jeunesse s'envola le sourire, leur compagnon ordinaire ; sur le visage des enfants apparut une sorte d'inquiétude même les hommes, si accoutumés à la brutalité, prirent un aspect sérieux. » - O nature m'écriai-je... » Après la fin de la chanson, tous les assistants donnèrent quelque chose au vieillard, comme pour le récompenser de sa [104] peine. Il recevait toutes les pièces de monnaie, tous les morceaux de pain d'un air assez indifférent, mais il accompagnait toujours ses remerciements d'un salut. Il faisait le signe de la croix et disait au donateur : » Dieu te donne la santé. » Je ne voulus point partir sans être accompagné par la prière de ce vieillard, certainement agréable à Dieu, et je demandai sa bénédiction pour la fin de mon voyage. Je mis un rouble dans la main tremblante du vieillard. Mais il le refusa... » - Tiens, père, voici mon gâteau du dimanche, dit au chanteur une femme d'une cinquantaine d'années. » Avec quel transport il le prit des deux mains ! » Voilà la véritable bienfaisance, la véritable aumône depuis cinquante ans, dit le vieillard, je mange ce gâteau les jours de fête et les dimanches. Tu n'as pas oublié la promesse que tu m'avais faite dans ta jeunesse. Ce que j'ai fait alors pour ton défunt père mérite-t-il que tu ne m'oublies pas jusqu'au tombeau ? Mes amis, j'ai sauvé son père des brutalités, hélas trop fréquentes de nos soldats. Ils voulaient lui enlever je ne sais quel objet, il se prit de querelle avec eux. L'affaire se passait là-bas derrière les granges, j'étais sergent de la compagnie, j'accourus aux cris de la victime. Je l'arrachai à leurs coups, peut-être à un pire destin. Elle s'en est souvenue, ma bienfaitrice, quand elle m'a vu revenir ici en mendiant. » Veux-tu donc me faire affront devant tout le monde, vieillard, lui dis-je, et ne refuser que mon présent ? Mon aumône n'est que l'aumône d'un pécheur, mais elle lui profite si elle peut amollir un cœur endurci. » Tu blesses un cœur depuis longtemps blessé par un châtiment de la nature, dit le vieillard. Je ne savais pas que je pouvais t'offenser en refusant ton présent. Pardonne-moi mon péché et, puisque tu veux me donner quelque chose, donne-moi quelque chose d'utile. Le printemps a été froid : j'ai eu mal à la gorge, je n'avais pas de foulard pour nouer autour du cou. Dieu a eu pitié de moi ; ma maladie s'est passée. N'as-tu pas un vieux foulard ? quand j'aurai mal à la gorge, je le nouerai autour de mon cou, il le réchauffera. Mon [105] mal cessera et je me souviendrai de toi, si tu tiens au souvenir d'un misérable. » J'enlevai, le foulard de mon cou, je le mis à celui de l'aveugle et je lui dis adieu. » Dès la seconde lettre, datée de Lioubani, l'auteur aborde la question qui lui tient le plus au cœur, celle du servage, et il l'aborde fort habilement : « A quelques pas de la grande route, j'aperçus un paysan qui labourait son champ. Il faisait très chaud. C'était un dimanche. Ce paysan laboureur, pensai-je, appartient sans doute à un propriétaire auquel il ne paie point de redevance. Il travaille avec un grand zèle. Ce champ n'est sans doute point à son maitre. » - Dieu te vienne en aide, dis-je en m'approchant du laboureur qui sans s'arrêter continuait le sillon commencé. » - Merci, monsieur, répondit-il en secouant le coutre[7] et en faisant passer la charrue sur le nouveau sillon. » Tu es donc un hérétique que tu laboures le dimanche ? » Non, monsieur, mais Dieu est miséricordieux ; il n'ordonne pas de mourir de faim quand on a des bras et une famille. » Est-ce que tu n'as pas le temps de travailler toute la semaine pour labourer ainsi le dimanche par cette grande chaleur ? » Monsieur, la semaine compte six jours, et six fois par semaine nous avons la corvée ; le soir, si le temps est beau, nous ramenons chez le propriétaire le foin qui est resté dans la forêt. Dieu veuille, ajouta-t-il en faisant le signe de la croix, qu'il pleuve aujourd'hui. Si tu as, monsieur, des paysans, ils font sans doute la même prière. » Mon ami, je n'ai point de paysans, aussi personne ne me maudit. As-tu une nombreuse famille ? » Trois fils et trois filles. » Comment peux-tu leur donner du pain si tu n'as que le dimanche pour travailler ? » Il n'y a pas que le dimanche, il y a les nuits. Quand on n'est pas paresseux, on ne meurt pas de faim. [106] » Est-ce que tu travailles ainsi pour ton maître ? » Non, monsieur, ce serait péché il occupe sur ces terres cent bras pour une seule bouche, et moi je n'en ai que deux pour sept bouches. On peut s'épuiser sur le sol du seigneur, il ne vous dira pas merci, il ne paie pas la capitation, il ne vous cède ni un mouton, ni une poule, ni du beurre. Le paysan ne peut vivre que dans les endroits où le seigneur se contente d'une redevance, et encore sans l'intermédiaire d'un intendant. A la vérité, il y a de bons seigneurs qui vont jusqu'à ne pas réclamer trois roubles par tête. Mais tout vaut mieux que la corvée. Maintenant on a encore imaginé de donner les villages en location le locataire arrache aux paysans jusqu'à leur peau. C'est l'invention la plus diabolique de mettre ses paysans au service d'un étranger. On peut encore se plaindre d'un intendant, mais à qui se plaindre d'un locataire ? » Mon ami, tu te trompes ; les lois défendent de martyriser les hommes. » Martyriser ! Ah ! oui... Monsieur, tu ne seras jamais dans ma peau. » Et le paysan se mit à commencer un nouveau sillon. » La conversation de ce paysan éveilla chez moi une foule de pensées. D'abord, je songeai à l'inégalité de la condition des paysans. Je comparai ceux de la couronne à ceux des propriétaires. Les uns et les autres vivent dans des villages, mais les uns paient une redevance déterminée les autres doivent payer ce que le seigneur exige. Les uns sont jugés par leurs pairs les autres sont morts devant la loi, sauf pour les affaires criminelles. Ainsi un membre de la société n'est connu du gouvernement, son protecteur naturel, que lorsqu'il viole le lien social, lorsqu'il devient criminel. Tremble, cruel propriétaire ; sur le front de chacun de tes paysans je lis ta condamnation. » Cette page n'était point faite assurément pour être agréable à la classe si nombreuse des seigneurs terriens qui constituait alors l'élément principal de la société russe. Désormais Radistchev revient presque dans chaque lettre sur cette brûlante question du servage, et toujours pour flétrir la barbarie des maîtres et plaindre [107] les misères des paysans. Ainsi, dans la lettre datée de Zaïtsovo, il raconte les cruautés commises par un seigneur et justifie les serfs qui l'ont assassiné. Il conteste le droit que s'arrogeaient les maîtres de marier leurs serfs et notamment de faire épouser à des jeunes filles adultes des enfants de dix ans. Il ne se contente pas de condamner les abus, il attaque l'arche sainte, le principe même du servage : « La coutume monstrueuse d'asservir un homme, notre semblable, coutume née dans les plaines brûlantes de l'Asie, cette coutume qui atteste un cœur de pierre et une absence complète d'âme, s'est étendue sur toute la surface de la terre, et nous, fils de la Slavie, nous l'avons adoptée et, à la honte de notre temps, nous la conservons encore aujourd'hui. » .Qui porte des fers parmi nous, qui ressent tout le poids de la servitude ? Le laboureur, celui qui rassasie notre faim, qui nous donne la santé, qui prolonge notre vie. Il n'a le droit de disposer ni du sol qu'il laboure, ni du produit qu'il en tire. Or, qui a droit sur la terre, sinon celui qui la cultive ? Imaginons un groupe d'hommes arrivant dans un désert pour constituer une société. Ils pensent à se nourrir. Ils se partagent la terre couverte de chardons. Qui la recevra dans son lot sinon celui qui peut la cultiver, qui en a la force et la bonne volonté ? » Peut-on appeler heureux un état où les deux tiers des citoyens sont privés de ce titre ? Appellerons-nous heureux un pays où cent citoyens orgueilleux sont plongés dans les délices, et où mille n'ont pas la nourriture indispensable et ne sont pas protégés contre la chaleur et le froid ? » » Et Radistchev annonce une guerre sociale, une jacquerie terrible : « Le danger s'avance peu à peu il est déjà sur nos têtes. Déjà le temps brandit sa faux. Vienne un ami de l'humanité pour réveiller les misérables, il précipitera le coup. » Le publiciste s'épouvantait lui-même de la hardiesse de ses hypothèses ou de ses conclusions. Pour en [108] atténuer l'effet, il avait recours à des artifices littéraires. Il supposait qu'à telle ou telle station de poste, il avait trouvé un manuscrit laissé par un voyageur, ou bien encore il rapportait les propos tenus par un ami, philanthrope acharné, qui rêvait d'abolir le servage, non seulement en Russie, mais dans le nouveau monde. « Imagine-toi, me disait mon ami, que le café versé dans ta tasse et le sucre qui l'assaisonne ont privé de repos un homme semblable à toi, qu'ils ont été pour lui la cause de travaux accablants, de larmes, de gémissements, de châtiments. Ose, cruel, t'en délecter le gosier. » Ma main trembla et le café se répandit à terre. » O vous, habitants de Pétersbourg, quand votre main porte à votre bouche le premier morceau de pain destiné à votre nourriture, arrêtez-vous et demandez-vous si on ne peut pas en dire ce que mon ami disait des produits de l'Amérique ! N'ont-ils pas été engraissés de larmes et de gémissements, les champs sur lesquels il a poussé ? Eloignez-le de vos lèvres et jeûnez voilà un jeûne qui peut être réel et utile. » La dernière phrase sent un peu le fagot en effet, Radistchev ne se borne point à attaquer le servage. Il s'en prend à toutes les grandes institutions, au culte national, à l'autocratie, au recrutement militaire, à la censure, à la législation qui oblige les jeunes nobles à servir l'état. Rien ne trouve grâce devant lui. Il prêche la religion naturelle, il invoque un Dieu universel qui n'est pas précisément celui de l'église orthodoxe. Il flétrit le pope coupable d'avoir donné la bénédiction nuptiale à deux serfs mariés contre leur volonté sur l'ordre du seigneur. Passant au village de Krestsy, il est témoin d'une scène douloureuse la séparation d'un père d'avec son fils le fils est un jeune homme, qui, conformément aux lois de l'époque, part pour servir dans la capitale. A cette seule idée, tout le sang de Radistchev bouillonne [109] dans ses veines. Il y a mille contre un à parier, dit-il, que, sur cent nobles entrés au service, quatre-vingt-dix-huit pour cent deviendront des pendards, et deux d'honnêtes gens, et encore vers la fin de leur vie. Le père de famille dont le fils part pour la capitale lui fait ses adieux sur la grande route et prend le voyageur à témoin de la douleur que cette séparation lui fait éprouver. Le sensible voyageur s'arrête pour écouter le discours que le père désolé adresse à son fils. Ce discours occupe environ vingt pages. Le sensible voyageur a réussi, Dieu sait comment, à s'en procurer le texte, il est peu probable qu'il l'ait retenu tout entier par cœur. Ce père est terriblement ennuyeux il démontre à ses enfants qu'ils n'ont envers lui aucune obligation. Ils n'en ont pas plus envers l'état. Quand Radistchev se met à divaguer, il ne s'arrête pas à mi-chemin. Il déraisonne un peu moins lorsqu'il décrit le douloureux spectacle d'une scène de recrutement et qu'il énumère les larmes des mères et des fiancées. Il a tout à fait raison quand il signale la barbarie du maître qui vend ses serfs pour en faire des soldats, qui les livre aux recruteurs, enchaînés comme des criminels dangereux. Ce qui dut surtout blesser Catherine, ce furent les attaques de Radistchev contre la censure et contre le principe même du pouvoir absolu. Radistchev n'attaque pas lui-même la censure il a, dit-il, rencontré à Torjok un compatriote qui se rendait à Pétersbourg pour établir une imprimerie. Le futur typographe dresse un réquisitoire en forme contre la censure. Elle est, dit-il, devenue la bonne d'enfants du jugement, de l'imagination, de tout ce qu'il y a de grand et de délicat. Mais, là où il y a des bonnes, il y a des enfants qui marchent avec des lisières ces lisières leur [110] rendent les jambes tortues. S'il a toujours des bonnes et des gouverneurs, l'enfant marchera toujours avec un appui il sera parfaitement boiteux à sa majorité. Ce sera toujours le Mitrophane de von Vizine[8] 1. Et l'ennemi de la censure cite de plaisantes anecdotes. Celle-ci, par exemple. Un roman étranger traduit en russe portait cette phrase « L'amour est un dieu malin. » Le censeur effaça cette épithète il est inconvenant, disait-il, d'accuser de malice la divinité. Le voyageur de Torjok réclame la liberté absolue, que dis-je, la licence absolue de la presse, il est bien moins dangereux de tolérer les livres immoraux que les personnes immorales, dont l'état reconnaît cependant l'existence. Même quand il a raison, Radistchev ne peut s'empêcher de tomber dans le paradoxe. La lettre datée de Torjok est accompagnée d'un long mémoire sur la censure. Dans une autre lettre, l'auteur raconte ses entretiens avec un fonctionnaire prévaricateur. L'émotion que lui cause cette rencontre se prolonge dans le sommeil et provoque un rêve extraordinaire. L'auteur se croit devenu tsar, schah, khan, roi, bey ou quelque chose d'analogue. La Vérité lui apparaît et elle lui dit de terribles choses. « Mon séjour n'est pas dans le palais des rois la garde qui les entoure et qui les veille nuit et jour m'empêche d'y pénétrer. Si je réussis à traverser cette troupe armée, les gens qui l'entourent saisissent le fouet de la persécution et s'efforcent de me chasser de ta demeure. Veille donc afin que je reste auprès de toi. Ne redoute jamais ma voix. Si du sein de ton peuple il s'élève un homme qui blâme tes actions, sache que celui-là est ton ami véritable, étranger au vil intérêt, étranger à la crainte [111] servile. Sache-le bien, c'est toi qui dans la société peux être le premier assassin, le premier brigand, le premier traître, le premier perturbateur de la tranquillité publique. C'est toi qui seras cause si la mère pleure son fils tué sur le champ de bataille, ou la femme son mari, si les champs sont ravagés, si les enfants du laboureur meurent sur le sein desséché de leur mère. » Ce sont là des lieux communs, sans doute, mais ils étaient nouveaux en Russie à l'époque où Radistchev écrivait, la littérature nihiliste les a depuis singulièrement amplifiés. On comprend qu'ils n'aient pas été du goût de Catherine. Le Voyage n'avait été écrit que pour les propager ce n'était, au fond, que le cadre d'une série de pamphlets politiques. Radistchev introduisait la politique même dans les objets auxquels elle semblait le plus étrangère, ainsi la lettre datée de Tver raconte une conversation sur la poésie russe. L'interlocuteur du voyageur veut donner une idée de ce que doit être le vers iambique russe. Et il lit une ode à la liberté. Elle débute ainsi : « O présent béni des cieux, source de toutes les grandes actions ! O liberté ! liberté ! présent inappréciable, permets à un esclave de te chanter. Remplis mon cœur de tes feux ; d'un coup de ton bras puissant transforme en lumière l'ombre de l'esclavage. Que les Brutus et les Tell se réveillent que les rois assis sur leur trône frémissent devant tes regards. » Evoquer l'ombre de Brutus et de Tell au moment même où le principe monarchique commençait à être ébranlé en Europe, où l'autocratie russe se dressait pour en prendre la défense, c'était faire preuve d'une grande naïveté. La naïveté est, en effet, le trait dominant, la marque caractéristique de Radistchev elle éclate dans les idées qu'il exprime, dans le cadre souvent maladroit dont il les enveloppe. Il y a beaucoup de rêveries dans [112] le Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou, mais il y en a dont le principe était juste et qui depuis ont fait leur chemin. L'honneur éternel de Radistchev sera d'avoir le premier pris sérieusement en mains la cause du paysan, d'avoir été le premier apôtre de l'émancipation. A ce titre, la Russie a le devoir de ne point l'oublier : elle lui doit une solennelle réhabilitation. Le temps n'est pas encore venu où son livre pourra circuler librement dans une édition populaire, sans laisser beaucoup de ses pages aux mains de la censure. Mais il y aurait lieu d'associer son nom au grand acte de l'émancipation, dont il a été le plus généreux précurseur. Sur le piédestal d'un monument élevé au tsar libérateur, à côté des noms des principaux collaborateurs de la grande oeuvre humanitaire, les Milioutine, les Tcherkasky, les Samarine, j'aimerais à voir figurer celui d'Alexandre-Nikolaevitch Radistchev. L. LEGER. [1] 1 Documents sur la commission convoquée par Catherine republiés par D. Polienov. Saint-Pétersbourg, 1810. Tome II, p. 108. [2] 2 Pour cette étude, j'ai surtout mis à contribution un travail de M. Soukhomlinov publié dans les Mémoires de t Académie des sciences de Saint- Pétersbourg (année 1883) et l'édition du Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou publiée par Herzen à Londres en 1878. En 1868, il a paru en Russie une réimpression qui a été, m'assure-t-on, fort mutilée. Récemment, M. Souvoni a publié une édition du prix de vingt-cinq roubles. Je ne l'ai pas eue entre les mains. Elle n'a d'ailleurs été tirée qu'à un petit nombre d'exemplaires. Un libraire de Saint-Pétersbourg m'en a signalé un récemment. Il vaut cinquante roubles, soit au cours actuel environ cent vingt francs ! [3] 1 Disciple de Saint-Martin, le philosophe inconnu. [4] Cocher, fiacre... [5] Haleur [6] Klin est une ville du gouvernement de Moscou. [7] Espèce de fort couteau en fer, à lame courte, à tranchant mousse, à dos épais, adapté, en avant du soc, à la flèche de la charrue, et servant à fendre la terre. [8] 1 Voir, dans la Bibliothèque du 1er décembre 1890, notre étude sur von Vizine
  • La réintégration et les bases du Martinisme  

    2009-08-12 20:23

    La réintégration et les bases du Martinisme par Jean-Pierre Bonnerot sur Baglistv.
  • Présentation du Martinisme par Emilio Lorenzo  

    2009-08-12 20:15

    Présentation du Martinisme sur Baglistv par Emilio Lorenzo, Grand Maître de l'Ordre Martiniste.